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dimanche 15 mars 2026

Sénégal : un meurtre sur fond d’homophobie ravive les inquiétudes

 

La situation des personnes LGBT au Sénégal continue de susciter une vive inquiétude. Un nouvel incident dramatique, survenu le vendredi 13 mars 2026, illustre le climat de tension et de stigmatisation qui entoure les minorités sexuelles dans le pays.

À Tivaouane-Peulh, dans la région de Dakar, un jeune homme de 17 ans nommé Malick Ndiaye a perdu la vie à la suite d’une altercation avec quatre autres adolescents âgés de 13 à 15 ans. Selon les premiers témoignages rapportés localement, la victime, qui exerçait le métier de batteur de tam-tam, aurait réagi à des insultes proférées par les jeunes qui le traitaient de « gay ». 

En effet, dans certains milieux populaires, une croyance persistante associe ce métier à l’homosexualité, un stéréotype qui contribue à la stigmatisation de certaines personnes. L’échange verbal aurait rapidement dégénéré en rixe. Au cours de l’altercation, l’un des adolescents aurait poignardé Malick Ndiaye. Gravement blessé, celui-ci n’a pas survécu pendant son transport vers un centre de santé. Les quatre mineurs ont été interpellés peu après les faits par les autorités.


Une image des Députés sénégalais  dans l'assemblée le jour du vote de la loi réprimant sévèrement l'homosexualité
 

Ce drame survient dans un contexte particulièrement sensible. Deux jours auparavant, l’Assemblée nationale sénégalaise avait adopté un projet de loi renforçant la répression de l’homosexualité, une initiative portée par le Premier ministre Ousmane Sonko. Le texte prévoit notamment un durcissement des sanctions prévues contre les relations sexuelles entre personnes de même sexe ainsi que contre les actions de plaidoyer en faveur des droits des personnes LGBT.

Pour de nombreux observateurs et défenseurs des droits humains, cette évolution législative risque d’alimenter davantage les discours hostiles et les violences à l’encontre des personnes perçues comme homosexuelles. Dans ce climat, les amalgames et les stéréotypes sociaux peuvent avoir des conséquences tragiques, comme semble l’illustrer l’affaire de Tivaouane-Peulh.

Cet événement vient ainsi rappeler les inquiétudes déjà exprimées ces derniers mois concernant la montée des discours homophobes au Sénégal et leurs répercussions sur la sécurité et la dignité des personnes associées, à tort ou à raison, aux minorités sexuelles.


                                                                                                                                               JW

mercredi 29 mai 2024

RDC: Le Député homophobe Constant Mutamba nommé Ministre de la Justice

 Le Député congolais Constant Mutamba qui a récemment fait part d'une proposition de loi visant à condamner l'homosexualité en République démocratique du Congo vient d'être nommé Ministre de la Justice.

La nomination du Député national a de quoi inquiéter et étonner les activistes et défenseurs des droits humains tant en RDC qu'à l’extérieur du pays. En effet, monsieur Mutamba a annoncé en avril dernier qu'il envisageait de proposer un projet de loi portant sur la criminalisation de l'homosexualité. Cette proposition stipule notamment la condamnation  des personnes issues de la communauté LGBTQI+ à une peine d'emprisonnement allant de 5 à 10 ans de prison et une amende de 7500000 à 15 000000  de Francs congolais. De plus, elle souligne que les faits et les gestes assimilés à l'homosexualité seront punis de la même peine que l'acte consommé.  Dans sa proposition de loi, Constant Mutamba rappelle le fait que cette forme d'orientation sexuelle n'est nullement toléré dans la culturelle congolaise. Ainsi, il propose qu'une section réprimant l'homosexualité soit insérée dans le Code Pénal congolais.

 

Constant Mutamba
 

D'aucuns se demandent si la nomination du Député Mutamba aurait quelque chose à avoir avec sa proposition de loi. Ce fait est inquiétant car depuis un certain temps il y a de plus en plus de déclaration à caractère homophobe envers les personnes LGBTIQ+ en RDC et surtout à Kinshasa, la capitale. Cette situation a été amplifiée après le feu-vert donné par le Pape François le 18 décembre 2023 pour la bénédiction des couples homosexuels. Depuis cette date, les religieux congolais et certaines personnalités de la société civile ont élevés leurs voix pour montrer leurs oppositions. D'après eux, un tel acte est contraire aux valeurs congolaises et africaines. 

Il faut noter que la constitution de la RDC est muette en matière d’homosexualité.  La proposition du Député Mutamba pourrait constituer un obstacle à la liberté des individus sur l'ensemble du territoire congolais. Elle renforcera aussi la discrimination et la stigmatisation dont sont déjà victimes les personnes LGBTIQ+ dans ce vaste pays. Elle serait aussi à long ou à court terme un frein à la lutte contre le VIH car les personnes issues des minorités sexuelles font partie intégrantes de ce combat. D'ailleurs, plusieurs étapes positives ont pu être atteintes en matière d'accès aux soins depuis 2014. 

La vague des propositions des lois visant à criminaliser l'homosexualité s'est multipliée ces dix dernières à travers le continent africain. Tous les auteurs de ces projets avancent que les relations sexuelles entre deux hommes ou deux femmes sont contraires aux traditions africaines et constituent une menace pour la famille. Un autre point soulevé est le fait que l'occident dont la majorité des pays a décriminalisé l'homosexualité essaie d'imposer cette forme de relation à l'Afrique. D'ailleurs, l'actuel Premier Ministre sénégalais, Ousmane Sonko a déclaré lors d'un récent discours que l'activisme des occidentaux  en faveur des minorités sexuelles pouvait devenir une source de tension entre les dirigeants européens et africains. De ce fait, Monsieur Sonko a demandé aux occidentaux de respecter les spécificités du Sénégal et d'autres pays. Il faut savoir que dans cet État de l'Afrique de l'Ouest, l'homosexualité est largement considérée comme une déviance et la loi la réprime d'un emprisonnement allant d'une  à cinq année de prison. En Ouganda, le président Yoweri Museveni a promulgué le 29 mai 2023  une loi anti LGBTQI+ prévoyant de lourdes peines de prison pour les relations homosexuels et toute activité faisant "la promotion" de l'homosexualité. Désormais, les sanctions peuvent aller de 20 ans d’emprisonnement pour tout action visant à promouvoir des rapports intimes entre personnes de même sexe jusqu'à la peine de mort pour les cas de récidives. Selon l'association de défense des Droits LGBTQI+ ILGA World, 31 pays africains sur 54 disposent des législations interdisant ou réprimant l'homosexualité.

Pour rappel, Constant Mutamba n'est pas le premier à faire une proposition de loi visant à condamner l'homosexualité en RDC. En 2013, un autre Député national du nom de Steve Mbikayi avait proposé un projet dans le même sens au parlement mais il n'a jamais été voté. Fait surprenant, monsieur Mbikayi a été nommé Ministre de l’Enseignement Supérieur et Universitaire en 2016. Depuis, il occupe des hautes fonctions politiques. En 2010, un autre Député national, Ejiba Yamapia, avait aussi initié sans succès un projet de loi pour pénaliser aussi l'homosexualité en RDC. 


                                                                                                                                                               JW


jeudi 27 août 2015

RDC: La NCPS fait signer une petition en faveur de la loi anti gay


Le regroupement des partis politiques dénommé la Nouvelle Classe Politique et Sociale (NCPS) procède à la signature d'une pétition visant à soutenir le projet de loi anti gay du Député Steve Mbikayi. C'est ce qu'à annoncer l'élu national et auteur dudit projet, jeudi 20 aout dernier après la marche organisée, entre autre, pour dire non au mariage pour tous et à l'homosexualité en République Démocratique du Congo.

Steve Mbikayi lors de son passage sur la chaine B One le week-end dernier. D'après lui, les homosexuels, les lesbiennes, les bisexuels et les transgenres doivent être arrêtés et jetés en prison.


Selon Steve Mbikayi, cette pétition va contraindre l'Assemblée Nationale à examiner en priorité son projet de loi dès la prochaine session parlementaire. Déterminé à ce que l'homosexualité soit interdite sur toute l'étendue du pays, le Député et leader du NCPS a affirmé dans son discours que l'homosexualité est un acte contre-nature qui ne correspond pas aux valeurs africaines. Il a rappelé que sa proposition se trouve entre les mains du Président de l'Assemblée, Aubin Minaku, depuis décembre 2013 et à ce jour, elle n'a jamais été débattue lors des sessions. 

Les membres du NCPS lors de la marche du jeudi 20 aout 2015


 Pour montrer leur soutien, les membres du NCPS ont marché dans les rues de la ville de Kinshasa avec des pancartes sur lesquelles étaient écrits "Non à L'homosexualité". Ils défendent clairement les idées de Steve Mbikayi en prônant les respects des valeurs et le refus de l’impérialisme. Ils ont dit tout haut qu'ils étaient contre le mariage pour tous et les relations sexuelles entre les personnes de même sexe.

D'ailleurs, Steve Mbikayi est passé durant le week-end sur une station de télévision privée de Kinshasa pour préciser que les personnes LGBT, à savoir: les homosexuels, les lesbiennes, les bisexuels et les transgenres devraient être arrêtés  et jetés en prison. Ce politicien qui est également promoteur d"école fait la une de l'actualité depuis quelques années suite à ses déclarations homophobes dans les médias locaux. Il faut reconnaitre qu'il bénéficie d'un appui venant de certaines personnes qui estiment que l'homosexualité est une chose importée de l'occident. Lors de la précédente rentrée parlementaire, un Député avait demandé à ce que le projet Mbikayi puisse être inscrit parmi les sujets à l'ordre du jour durant la session. Mais, cette demande n'a pas été prise en compte. En 2014, les Députés Provinciaux de l'Ituri avaient manifesté leur soutien à cette proposition. Le jour du dépôt de ce projet au Parlement en 2013, plusieurs élus approuvaient la démarche de monsieur Mbikayi.

Pour rappel, ce n'est pas la première fois que les homosexuels congolais sont sous la menace d'un tel projet. En octobre 2010, un autre Député du nom de Ejiba Yamapia avait aussi déposé un projet identique qui tomba très vite dans les oubliettes malgré une certaine médiatisation. En 2009, le bureau d'études de l'Assemblée provinciale de Kinshasa avait proposé que l'homosexualité puisse être interdite dans la ville. 

Enfin, la loi congolaise ne condamne pas l'homosexualité. Elle est neutre sur ce point. Toutefois, le pays est signataire de certains accords internationaux qui stipulent le respect des Droits des personnes issues des minorités sexuelles.

Justice Walu

lundi 30 mars 2015

RDC: Les menaces d'une loi anti homosexualité continuent à planer

Les menaces d'une loi anti homosexualité continuent à planer en République démocratique du Congo sur la communauté LGBTI.

En effet, un  Député a fait remarqué lundi 23 mars dernier à l'Assemblée Nationale que  le projet de loi criminalisant les rapports entre personnes de même sexe ne figurait pas sur la liste des sujets à l'ordre du jour de la session parlementaire ordinaire dont les travaux ont repris récemment. Au cours de cette séance plénière consacrée à l'examen et à l'adoption du calendrier desdits travaux, le président de l'Assemblée Aubin  Minaku a réagi en déclarant qu'une copie améliorée de ce projet de loi anti homosexualité se trouve actuellement dans la chambre basse du parlement pour étude. Il a ajouté que des dispositions seront prises pour la programmation d'un débat autour de cette proposition de loi durant la session parlementaire en cours. Ainsi, plusieurs Députés ont donné un avis favorable pour que ce projet initié par le Député Steve Mbikayi en décembre 2013 soit inscrit prochainement à l'ordre du jour.


Steve Mbikayi, Député national du Parti Travailliste du Congo, auteur du projet de loi de décembre 2013. Ce projet a été amélioré suite à la demande du Parlement. Il pourrait être discuté au cours de la session plénière actuelle (Mars-mai 2015)

La crainte serait de voir un jour cette loi  être  mise en  application sur le territoire congolais. Elle  remettrait en cause pas mal d'actions menées jusqu'ici pour l'intégration des personnes issues des minorités sexuelles au sein de la société, notamment dans le cadre de la lutte contre le VIH.  Elle serait aussi une entrave aux Droits Humains car légalement l'homosexualité sera un délit.   Déjà victimes d'une forte stigmatisation, les homosexuels seront exposés à toutes sortes de bavures et de violences de la part de la société. D'ailleurs, le projet de loi Mbikayi prévoit, sauf modification, parmi ses 37 articles que toute personne accusée d'homosexualité soit condamnée à une peine de 3 à 5 ans de prison et un million de Francs congolais d'amende (environ 1000$). La sentence est plus lourde pour un transsexuel car sa peine peut aller de 3 à 12 années d'enfermement. Cela  prouve à suffisance que cette loi n'est pas tendre et va largement contribuer à la marginalisation des LGBTI sur toute l’étendue de la RDC. Pour l'auteur de cette fameuse loi, l'homosexualité est une importation de l'occident. Selon lui, c'est un acte qui ne correspond  pas aux valeurs africaines.

La plupart des Députés nationaux sont favorables à ce que le projet de loi de Steve Mbikayi  puissent être inscrit parmi les sujets à débattre au courant de cette session parlementaire.

Pourtant dans une étude réalisée en 2014 par l'américaine Josephine Head, 83% des congolais interrogés ont reconnu que l'homosexualité a toujours existé dans le pays.  Cependant, ils reconnaissent que c'est une chose qui demeure cachée. Seuls 14%  déclarent que l'homosexualité est un nouveau comportement au Congo-Kinshasa. Selon eux, les personnes qui pratiquent cette forme de sexualité veulent imiter les occidentaux. Ils rejoignent l'idée avancée par Steve Mbikayi  qui soutient que les rapports sexuels entre hommes ou femmes ne sont pas propres aux africains. Ils ajoutent aussi que l'homosexualité est un moyen pour les jeunes congolais de se faire de l'argent auprès des riches expatriés. Enfin, cette catégorie pense aussi que les homosexuels sont des occultistes. Cette dernière croyance est la plus répandue parce que c'est la définition même que donnent les églises évangéliques en ce qui concerne la sexualité entre personnes de sexe identique. Vu qu'une forte majorité de la population congolaise fréquente ces églises dites de réveil spirituel, 85% des personnes ayant participé à cette étude considèrent l'homosexualité comme un acte contre nature. A cet effet, 93% des interrogés estiment que cette forme de sexualité devrait être illégale.

93% des congolais estiment que l'homosexualité devrait être illégale.  85% considèrent l'homosexualité comme un acte contre nature. 14% déclarent que c'est un nouveau comportement  sexuel au Congo Kinshasa.  Pour 83% des personnes interrogées, les relations sexuelles entre hommes ou entre femmes ont toujours existé en RDC. Selon eux, elles demeurent cachées.

Victimes de stigmatisation, les homosexuels risquent d'être plus marginalisés si jamais le projet de loi est voté au niveau du parlement. Aux chantages, injures, quolibets, menaces, pressions morales, arrestations arbitraires vont s'ajouter d'autres violations plus graves.

A voir le pourcentage des personnes hostiles à l'homosexualité, on peut facilement comprendre qu'une loi anti homosexuel pourrait facilement passer au Parlement.  Les politiciens véreux  voient peut-être en cette loi un moyen de détourner la population congolaise de ses véritables revendications sociales à l'approche des élections. Ce cas est similaire à l' Ouganda et au Cameroun où l'homophobie a largement été favorisée par les politiciens et les évangélistes. Déjà en octobre 2010, à l'aube des élections 2011, le Député évangéliste Ejiba Yamapia avait déposé un projet de loi similaire à celui de Steve Mbikayi à l'Assemblée nationale congolaise. Pour faire passer son projet, il avait mobilisé sa base électorale composée majoritairement des fidèles de son église. Jugée recevable, cette proposition qui n'a jamais été retenue à l'ordre du jour stipulait parmi ces articles que l'homosexualité devait être classée dans le code pénal comme un acte contre nature  avec la zoophilie. La sanction prévue pour un tel acte était de 3 à 5 ans d'emprisonnement et 20.000 francs congolais d'amende soit environ 200 $. Le projet Ejiba prévoyait également de bannir toutes les associations de défense des LGBTI, les publications et les affiches faisant la promotion des actes sexuels considérés comme non conforme à la moralité locale.

Pour rappel, depuis quelques années, la République démocratique du Congo voit des projets de loi contre l'homosexualité être présentés au sein des institutions. En 2009, un projet de ce genre a été proposé à l 'Assemblée provinciale de la ville de Kinshasa par son bureau d'études. Il n'a jamais  été retenu dans le calendrier des sujets à débattre au  cours des plénières. La même année, une loi contre l'adoption des enfants par des homosexuels est passée au niveau du Parlement. Il faut souligner que les minorités sexuels en RDC sont couramment victimes de chantages, des insultes, des quolibets, des pressions morales, d'arrestations arbitraires orchestrées par la police en complicité parfois avec des personnes mal intentionnées, etc. La criminalisation de l'homosexualité comme le veulent certains élus du peuple va amplifier une homophobie qui est déjà assez présente dans la société congolaise. Les auteurs de ces projets de loi oublie que le pays est signataire de certaines conventions internationales qu'il doit respecter dans le cadre des Droits de l'Homme.


 Article rédigé par Justice Walu


  • Documentation: Arcus Foundation, rapport 2014 par Josephine Head




lundi 23 février 2015

L'homosexualité à travers les traditions africaines




La liberté des relations sexuelles entre les personnes de même sexe continuera à opposer les États encore pendant des années. En effet,  depuis quelques temps, les pays occidentaux essayent de faire pression envers certains États africains afin qu'ils cessent les violations  des Droits des personnes issues des minorités sexuelles.  Mais, les autorités africaines continuent à affirmer que cette forme de relation n’est point conforme aux valeurs ancestrales du continent. Elles sont appuyées dans ce discours par les églises évangéliques implantées à travers l’Afrique noire. Ces églises rajoutent à ce point de vue une vision religieuse qui tant à classer l’homosexualité comme une abomination.

Être homosexuel en Afrique est considéré comme une abomination. En 2014, 38 pays africains sur 54 condamnés les rapports sexuels entre les personnes de même sexe. (source: lemonde.fr)



De plus, certains États du continent noir, comme le Nigeria et l'Ouganda ont fait passer des lois qui condamnent l'homosexualité. Au Cameroun, l'homophobie a atteint  un tel paroxysme avec des arrestations arbitraires. En 2013, un activiste, Eric Ohana Lembembe a été battu à mort à Yaoundé. A ce jour, sa mort semble  être un crime homophobe. La RDC, pays où la loi reste encore neutre en ce qui concerne les rapports entre les personnes de même sexe, des projets de loi anti homosexuelle ont été proposés à trois reprises sans succès, respectivement, à l’Assemblée Provinciale de la ville de Kinshasa et à l’Assemblée Nationale. En Ouganda, la loi votée en 2013 a été annulée le 1er aout 2014 par la Cour constitutionnelle de Kampala. Déclarée comme illégale suite à la manière dont elle fut votée, cette loi avait fait l’objet d’une poursuite judiciaire en mars de l’année dernière par un groupe de militants LGBTI.

Dans la plupart des États africains même ceux dont la loi reste neutre en matière d'homosexualité, il est préférable de vivre sa relation en cachette par peur de stigmatisation.



Face à cette montée fulgurante de la haine envers les minorités sexuelles, il est grand temps de tirer la sonnette d’alarmes et de rappeler à l’opinion que l’homosexualité n’est pas un fait nouveau dans la société africaine. Le discours tendant à dire que c’est un comportement sexuel importé de l’occident et impropre aux coutumes ainsi qu’aux traditions africaines ne constituent qu’une méprise.


D’après plusieurs études et recherches menées par des chercheurs à travers l'Afrique, il a été démontré que l’homosexualité n’est pas un fait étranger. Les africains hommes ou femmes entretiennent des relations avec les personnes de même sexe depuis des siècles. Voici ci-dessous une liste de preuves de l’existence de l’homosexualité dans les différentes tribus du continent sous un angle purement traditionnel. Elle n’est certes pas exhaustive mais prouve à suffisance qu’il n’y a pas de raison de faire voter des lois anti homosexuelles ni à considérer les homosexuels africains comme des démons ou des personnes possédées ou encore des malades mentaux. D’ailleurs, cette liste démontre clairement que l’homosexualité était représentée sous différentes formes : homosexualité masculine, homosexualité féminine ou lesbianisme, travestissement, concubinage, mariage, etc.

  • ·         En Angola, le peuple Gangellas pratiquait l’homosexualité. Un jeune homme non circoncis et célibataire d’environ 18 ans pouvait vivre une relation amoureuse avec un garçon plus jeune qui l’attirait. Ainsi, il  faisait une demande auprès des parents du jeune garçon. Il leur offrait des vêtements ou de l’argent et une vache. Si les parents étaient d’accord, la relation des deux jeunes était reconnue et pouvait continuer même si le plus âgé se mariait avec une femme. Cette « union » pouvait s’arrêtait dans le cas où le plus jeune appelé Katumua grandissait et prenait à son tour une épouse pour fonder sa famille.

  • ·         Au Cameroun, les Béti pratiquaient un rite nommé Mévengu qui consistait à des attouchements entre femmes. Le Mévengu était considéré par ses adeptes comme une célébration du clitoris et de la puissance féminine. Ce rite uniquement réservé aux femmes comportait certaines danses dont les mouvements mimaient  le coït et le rôle masculin était tenu par une femme ménopausée.

  • ·         Au Sud-ouest du Soudan et au Nord de la RDC, le lesbianisme était pratiqué dans les foyers polygames Azandé. Ces relations se faisaient à l’aide des patates ou des maniocs taillés en forme de verge. Les femmes Azandé utilisaient aussi des bananes lors de leurs attouchements entre elles.  Cette pratique a été retrouvée aussi chez les Nkundo, un peuple de la région de Bikoro dans la Province de l’Equateur, où les épouses des maris polygames avaient des rapports sexuels entre elles. Ces femmes Nkundo s’adonnaient au saphisme car elles déclaraient ne pas être satisfaites par leurs époux.  


Toutefois, le lesbianisme n’était pas vu d’un bon œil par les hommes Azandé. Par contre, les relations sexuelles entre les hommes et les jeunes garçons étaient admises. Il était permis à un guerrier de prendre pour « épouse » un jeune dont l’âge variait entre 12 et 20 ans. Les Azandé justifiaient ce rapport par le fait que ces jeunes garçons étaient entrainés avec leurs « maris » guerriers dans les camps de guerre. Ces jeunes garçons jouaient le rôle des épouses et avaient des rapports sexuels avec leurs époux qu’ils appelaient affectueusement Badiare (mon amour). Cependant, la pénétration anales n’était pas autorisée car mal perçue par le peuple Azandé. Le coït se pratiquait entre les cuisses du jeune garçon.

Si les Azandé voyaient d’un mauvais œil les relations entre femmes, cela n’était pas le cas au Kasaï oriental où  la pratique était courante et se nommait kitesha. Il s’agissait  des hommes ou des femmes qui s’adonnaient à l’homosexualité.

  • ·         En Namibie, les femmes Herero pratiquaient aussi l’acte sexuel entre elles. Elles prétextaient le faire suite à la rareté des fréquences sexuelles avec leurs époux polygames.

  • ·         Au Burkina Faso, à la cour royale des Mossi, les jeunes pages appelés Soronés étaient choisis parmi les plus beaux garçons du Royaume. Ils étaient habillés en femme et satisfaisaient les besoins sexuels des chefs. Cette pratique n’était autorisée que le vendredi car c’était le jour où tout rapport hétérosexuel était interdit.

  • ·         Au Ghana, les  hommes Ashanti prenaient comme concubine les prisonniers de guerre qui étaient considérés comme des esclaves.  A la mort de leur maitre, ils étaient tués. Ce genre de relation était toléré chez les Ashanti au point que certains hommes libres, c’est-à-dire, non esclaves, devenaient aussi les concubines d’autres hommes. Cette société matriarcale donnait certaines faveurs à la femme et un homme efféminé ou vivant dans une condition de « femme » était d’office considéré comme une personne de sexe opposé.

  • ·         En Tanzanie, au Zanzibar, les esclaves également étaient des concubines de certains hommes. Ils étaient bien habillés et jouaient le rôle de la femme. 

  • Au Kenya, parmi les Massai, il y  avait certains initiés appelés Sipolio. Ces derniers s’habillaient en femme et se maquillaient. Ils avaient des relations sexuelles avec des hommes. Il en était de même pour les prêtres traditionnels nommés Sanga-Ya-Chimbanda. Ils affichaient ouvertement leur attirance envers les hommes et la société de l’époque tolérait leur choix. Chez les Méru, un peuple d’agriculteurs, il y avait également des hommes que l’on surnommait Mugawe. Ils portaient aussi des accoutrements féminins et leurs relations avec les personnes de même sexe n’étaient pas seulement sexuelles. Cela aboutissait à un mariage et à une vie de couples. Chez les Nandi, par contre, la situation était inversée. On trouvait parmi ce peuple, des femmes appelées Manong’otiot. Elles se comportaient comme des hommes au sein de la société.  Ces femmes étaient considérées au même titre que les hommes car on estimait qu’elles avaient atteint un niveau identique à celui du sexe opposé. Cette situation était similaire dans plusieurs pays, notamment en Éthiopie, au Bénin et en Afrique du Sud.



Article rédigé par Justice Walu


Article exploité à partir du document suivant : http://socio-logos.revues.org/37.