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dimanche 15 mars 2026

Sénégal : un meurtre sur fond d’homophobie ravive les inquiétudes

 

La situation des personnes LGBT au Sénégal continue de susciter une vive inquiétude. Un nouvel incident dramatique, survenu le vendredi 13 mars 2026, illustre le climat de tension et de stigmatisation qui entoure les minorités sexuelles dans le pays.

À Tivaouane-Peulh, dans la région de Dakar, un jeune homme de 17 ans nommé Malick Ndiaye a perdu la vie à la suite d’une altercation avec quatre autres adolescents âgés de 13 à 15 ans. Selon les premiers témoignages rapportés localement, la victime, qui exerçait le métier de batteur de tam-tam, aurait réagi à des insultes proférées par les jeunes qui le traitaient de « gay ». 

En effet, dans certains milieux populaires, une croyance persistante associe ce métier à l’homosexualité, un stéréotype qui contribue à la stigmatisation de certaines personnes. L’échange verbal aurait rapidement dégénéré en rixe. Au cours de l’altercation, l’un des adolescents aurait poignardé Malick Ndiaye. Gravement blessé, celui-ci n’a pas survécu pendant son transport vers un centre de santé. Les quatre mineurs ont été interpellés peu après les faits par les autorités.


Une image des Députés sénégalais  dans l'assemblée le jour du vote de la loi réprimant sévèrement l'homosexualité
 

Ce drame survient dans un contexte particulièrement sensible. Deux jours auparavant, l’Assemblée nationale sénégalaise avait adopté un projet de loi renforçant la répression de l’homosexualité, une initiative portée par le Premier ministre Ousmane Sonko. Le texte prévoit notamment un durcissement des sanctions prévues contre les relations sexuelles entre personnes de même sexe ainsi que contre les actions de plaidoyer en faveur des droits des personnes LGBT.

Pour de nombreux observateurs et défenseurs des droits humains, cette évolution législative risque d’alimenter davantage les discours hostiles et les violences à l’encontre des personnes perçues comme homosexuelles. Dans ce climat, les amalgames et les stéréotypes sociaux peuvent avoir des conséquences tragiques, comme semble l’illustrer l’affaire de Tivaouane-Peulh.

Cet événement vient ainsi rappeler les inquiétudes déjà exprimées ces derniers mois concernant la montée des discours homophobes au Sénégal et leurs répercussions sur la sécurité et la dignité des personnes associées, à tort ou à raison, aux minorités sexuelles.


                                                                                                                                               JW

mardi 24 février 2026

Sénégal: Montée des tensions autour des droits des personnes LGBT


La situation des personnes LGBT au Sénégal suscite une inquiétude croissante. À la suite de l’arrestation récente de douze personnes présumées homosexuelles à Dakar, une vague de réactions hostiles et de discours homophobes s’est propagée dans le pays, alimentant un climat déjà tendu.

Cette dynamique s’est intensifiée le mercredi 18 février, lorsque le gouvernement a adopté en Conseil des ministres un projet de texte visant à alourdir les sanctions prévues pour les personnes reconnues coupables « d’actes contre nature ». Le projet prévoit également d’étendre les poursuites aux organisations et aux personnes engagées dans la défense des droits des homosexuels. Toutefois, ce texte ne pourra entrer en vigueur qu’après son adoption par l’Assemblée nationale.

Des sénégalais manifestant notamment contre l'homosexualité (photo BBC Afrique)
 

Parmi les mesures envisagées figurent le doublement de la peine d’emprisonnement, pouvant atteindre dix ans, ainsi que des amendes allant jusqu’à 10 millions de francs CFA. Les personnes accusées de faire le plaidoyer en faveur des droits des personnes LGBT pourraient également être poursuivies. Néanmoins, le ministre sénégalais de la Culture, Amadou Ba, a précisé que toute dénonciation calomnieuse pour homosexualité serait punie de deux à trois ans de prison et d’une amende comprise entre 200 000 et 500 000 francs CFA. Il a par ailleurs affirmé publiquement que l’homosexualité ne faisait pas partie des mœurs et coutumes sénégalaises, un argument souvent invoqué dans le débat public.

Ce contexte s’inscrit dans une tendance plus large observée dans plusieurs pays africains, où des législations renforçant la criminalisation de l’homosexualité ont été adoptées ces dernières années. Ces mesures ont des conséquences importantes non seulement sur les personnes LGBTQ+, mais aussi sur les associations engagées dans la lutte contre le VIH et les infections sexuellement transmissibles. Or, ces enjeux de santé publique concernent l’ensemble de la population, indépendamment de l’orientation sexuelle. Il convient de rappeler que l’Afrique subsaharienne demeure la région du monde la plus touchée par le VIH.


Le Premier Ministre sénégalais Ousmane Sonko

Bien que l’homosexualité ne soit pas explicitement définie comme un crime autonome au Sénégal, l’article 319 du Code pénal prévoit déjà une peine d’un à cinq ans d’emprisonnement pour tout « acte impudique ou contre nature avec un individu de son sexe ». Début février 2026, le président Bassirou Diomaye Faye avait évoqué la possibilité de modifier cet article afin de renforcer la répression, une orientation qui aurait également figuré parmi les engagements politiques du Premier ministre Ousmane Sonko.

Enfin, les arrestations survenues à Dakar ont profondément marqué l’opinion publique. Douze personnes, dont deux figures connues, ont été interpellées pour « actes contre nature ». Certaines font également face à des accusations de « transmission volontaire du VIH » et de « mise en danger de la vie d’autrui ». Depuis, le nombre total d’interpellations aurait atteint vingt-deux personnes.

Dans ce contexte, l’amalgame récurrent entre homosexualité et pédophilie contribue à renforcer la stigmatisation et la marginalisation des personnes LGBT. Pourtant, comme dans la plupart des sociétés africaines, les réalités de l’orientation sexuelle existent indépendamment de leur reconnaissance juridique ou sociale. La question demeure désormais celle de l’évolution du débat politique et social, dans un pays où une partie importante de la population semble favorable à un durcissement législatif.


                                                                                                                                                           JW

mercredi 29 mai 2024

RDC: Le Député homophobe Constant Mutamba nommé Ministre de la Justice

 Le Député congolais Constant Mutamba qui a récemment fait part d'une proposition de loi visant à condamner l'homosexualité en République démocratique du Congo vient d'être nommé Ministre de la Justice.

La nomination du Député national a de quoi inquiéter et étonner les activistes et défenseurs des droits humains tant en RDC qu'à l’extérieur du pays. En effet, monsieur Mutamba a annoncé en avril dernier qu'il envisageait de proposer un projet de loi portant sur la criminalisation de l'homosexualité. Cette proposition stipule notamment la condamnation  des personnes issues de la communauté LGBTQI+ à une peine d'emprisonnement allant de 5 à 10 ans de prison et une amende de 7500000 à 15 000000  de Francs congolais. De plus, elle souligne que les faits et les gestes assimilés à l'homosexualité seront punis de la même peine que l'acte consommé.  Dans sa proposition de loi, Constant Mutamba rappelle le fait que cette forme d'orientation sexuelle n'est nullement toléré dans la culturelle congolaise. Ainsi, il propose qu'une section réprimant l'homosexualité soit insérée dans le Code Pénal congolais.

 

Constant Mutamba
 

D'aucuns se demandent si la nomination du Député Mutamba aurait quelque chose à avoir avec sa proposition de loi. Ce fait est inquiétant car depuis un certain temps il y a de plus en plus de déclaration à caractère homophobe envers les personnes LGBTIQ+ en RDC et surtout à Kinshasa, la capitale. Cette situation a été amplifiée après le feu-vert donné par le Pape François le 18 décembre 2023 pour la bénédiction des couples homosexuels. Depuis cette date, les religieux congolais et certaines personnalités de la société civile ont élevés leurs voix pour montrer leurs oppositions. D'après eux, un tel acte est contraire aux valeurs congolaises et africaines. 

Il faut noter que la constitution de la RDC est muette en matière d’homosexualité.  La proposition du Député Mutamba pourrait constituer un obstacle à la liberté des individus sur l'ensemble du territoire congolais. Elle renforcera aussi la discrimination et la stigmatisation dont sont déjà victimes les personnes LGBTIQ+ dans ce vaste pays. Elle serait aussi à long ou à court terme un frein à la lutte contre le VIH car les personnes issues des minorités sexuelles font partie intégrantes de ce combat. D'ailleurs, plusieurs étapes positives ont pu être atteintes en matière d'accès aux soins depuis 2014. 

La vague des propositions des lois visant à criminaliser l'homosexualité s'est multipliée ces dix dernières à travers le continent africain. Tous les auteurs de ces projets avancent que les relations sexuelles entre deux hommes ou deux femmes sont contraires aux traditions africaines et constituent une menace pour la famille. Un autre point soulevé est le fait que l'occident dont la majorité des pays a décriminalisé l'homosexualité essaie d'imposer cette forme de relation à l'Afrique. D'ailleurs, l'actuel Premier Ministre sénégalais, Ousmane Sonko a déclaré lors d'un récent discours que l'activisme des occidentaux  en faveur des minorités sexuelles pouvait devenir une source de tension entre les dirigeants européens et africains. De ce fait, Monsieur Sonko a demandé aux occidentaux de respecter les spécificités du Sénégal et d'autres pays. Il faut savoir que dans cet État de l'Afrique de l'Ouest, l'homosexualité est largement considérée comme une déviance et la loi la réprime d'un emprisonnement allant d'une  à cinq année de prison. En Ouganda, le président Yoweri Museveni a promulgué le 29 mai 2023  une loi anti LGBTQI+ prévoyant de lourdes peines de prison pour les relations homosexuels et toute activité faisant "la promotion" de l'homosexualité. Désormais, les sanctions peuvent aller de 20 ans d’emprisonnement pour tout action visant à promouvoir des rapports intimes entre personnes de même sexe jusqu'à la peine de mort pour les cas de récidives. Selon l'association de défense des Droits LGBTQI+ ILGA World, 31 pays africains sur 54 disposent des législations interdisant ou réprimant l'homosexualité.

Pour rappel, Constant Mutamba n'est pas le premier à faire une proposition de loi visant à condamner l'homosexualité en RDC. En 2013, un autre Député national du nom de Steve Mbikayi avait proposé un projet dans le même sens au parlement mais il n'a jamais été voté. Fait surprenant, monsieur Mbikayi a été nommé Ministre de l’Enseignement Supérieur et Universitaire en 2016. Depuis, il occupe des hautes fonctions politiques. En 2010, un autre Député national, Ejiba Yamapia, avait aussi initié sans succès un projet de loi pour pénaliser aussi l'homosexualité en RDC. 


                                                                                                                                                               JW