La situation des personnes LGBT au Sénégal suscite une inquiétude croissante. À la suite de l’arrestation récente de douze personnes présumées homosexuelles à Dakar, une vague de réactions hostiles et de discours homophobes s’est propagée dans le pays, alimentant un climat déjà tendu.
Cette dynamique s’est intensifiée le mercredi 18 février, lorsque le gouvernement a adopté en Conseil des ministres un projet de texte visant à alourdir les sanctions prévues pour les personnes reconnues coupables « d’actes contre nature ». Le projet prévoit également d’étendre les poursuites aux organisations et aux personnes engagées dans la défense des droits des homosexuels. Toutefois, ce texte ne pourra entrer en vigueur qu’après son adoption par l’Assemblée nationale.
| Des sénégalais manifestant notamment contre l'homosexualité (photo BBC Afrique) |
Parmi les mesures envisagées figurent le doublement de la peine d’emprisonnement, pouvant atteindre dix ans, ainsi que des amendes allant jusqu’à 10 millions de francs CFA. Les personnes accusées de faire le plaidoyer en faveur des droits des personnes LGBT pourraient également être poursuivies. Néanmoins, le ministre sénégalais de la Culture, Amadou Ba, a précisé que toute dénonciation calomnieuse pour homosexualité serait punie de deux à trois ans de prison et d’une amende comprise entre 200 000 et 500 000 francs CFA. Il a par ailleurs affirmé publiquement que l’homosexualité ne faisait pas partie des mœurs et coutumes sénégalaises, un argument souvent invoqué dans le débat public.
Ce contexte s’inscrit dans une tendance plus large observée dans plusieurs pays africains, où des législations renforçant la criminalisation de l’homosexualité ont été adoptées ces dernières années. Ces mesures ont des conséquences importantes non seulement sur les personnes LGBTQ+, mais aussi sur les associations engagées dans la lutte contre le VIH et les infections sexuellement transmissibles. Or, ces enjeux de santé publique concernent l’ensemble de la population, indépendamment de l’orientation sexuelle. Il convient de rappeler que l’Afrique subsaharienne demeure la région du monde la plus touchée par le VIH.
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| Le Premier Ministre sénégalais Ousmane Sonko |
Bien que l’homosexualité ne soit pas explicitement définie comme un crime autonome au Sénégal, l’article 319 du Code pénal prévoit déjà une peine d’un à cinq ans d’emprisonnement pour tout « acte impudique ou contre nature avec un individu de son sexe ». Début février 2026, le président Bassirou Diomaye Faye avait évoqué la possibilité de modifier cet article afin de renforcer la répression, une orientation qui aurait également figuré parmi les engagements politiques du Premier ministre Ousmane Sonko.
Enfin, les arrestations survenues à Dakar ont profondément marqué l’opinion publique. Douze personnes, dont deux figures connues, ont été interpellées pour « actes contre nature ». Certaines font également face à des accusations de « transmission volontaire du VIH » et de « mise en danger de la vie d’autrui ». Depuis, le nombre total d’interpellations aurait atteint vingt-deux personnes.
Dans ce contexte, l’amalgame récurrent entre homosexualité et pédophilie contribue à renforcer la stigmatisation et la marginalisation des personnes LGBT. Pourtant, comme dans la plupart des sociétés africaines, les réalités de l’orientation sexuelle existent indépendamment de leur reconnaissance juridique ou sociale. La question demeure désormais celle de l’évolution du débat politique et social, dans un pays où une partie importante de la population semble favorable à un durcissement législatif.
JW






