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mercredi 10 juin 2026

Ghana : une nouvelle loi anti-LGBT suscite l'inquiétude des défenseurs des droits humains

 

La situation des personnes LGBT au Ghana pourrait connaître un tournant particulièrement préoccupant. En effet, le Parlement ghanéen a adopté, le 29 mai 2026, une loi renforçant considérablement la répression des minorités sexuelles. Ce texte, considéré par de nombreux observateurs comme l'un des plus sévères du continent africain en matière de droits LGBT, suscite de vives inquiétudes.


La promulgation de cette loi pourrait restreindre les activités des associations de défense des LGBT


La nouvelle législation prévoit notamment jusqu'à trois ans d'emprisonnement pour les personnes reconnues coupables d'homosexualité. Mais le texte va plus loin encore en criminalisant certaines formes d'activisme et de soutien aux personnes LGBT. La promotion, le financement, le parrainage ou le soutien d'activités liées aux communautés LGBT pourraient désormais être punis de peines allant de trois à cinq ans de prison.

L'une des dispositions les plus controversées de cette loi oblige également les citoyens à signaler aux autorités toute activité présumée liée à la communauté LGBT. Les défenseurs des droits humains craignent que cette mesure n'encourage les dénonciations abusives, les règlements de comptes personnels et une surveillance accrue de la vie privée des citoyens.

Si cette loi venait à être définitivement promulguée et appliquée, les conséquences pour les personnes LGBT vivant au Ghana pourraient être considérables. Beaucoup redoutent une augmentation des discriminations, des violences, des arrestations arbitraires et de l'isolement social. Les organisations communautaires pourraient également voir leurs activités paralysées par la menace de poursuites judiciaires.

Cette évolution s'inscrit dans un contexte plus large marqué par une montée de l'homophobie dans plusieurs pays d'Afrique subsaharienne au cours des dernières décennies. Dans de nombreux États, les discours hostiles aux minorités sexuelles sont souvent alimentés par des mouvements religieux conservateurs. Au Ghana, comme dans d'autres pays majoritairement chrétiens, certaines églises évangéliques et pentecôtistes jouent un rôle important dans la promotion de campagnes opposées à la reconnaissance des droits des personnes LGBT. Dans d'autres pays du continent, notamment ceux à majorité musulmane, des mouvements religieux conservateurs défendent également des positions similaires.

La communauté internationale est fréquemment prise pour cible dans ces débats. Plusieurs responsables politiques et religieux accusent les pays occidentaux de vouloir imposer des valeurs étrangères aux sociétés africaines, notamment à travers leur soutien financier aux organisations de défense des droits LGBT. Cette rhétorique contribue à renforcer la méfiance envers les associations locales travaillant sur les questions de diversité, de santé ou de droits humains.

L'inquiétude des défenseurs des droits humains est d'autant plus grande que cette vague de législations répressives semble gagner du terrain dans plusieurs régions du continent. Au Sénégal, par exemple, une loi adoptée en mars 2026 a considérablement renforcé les sanctions contre les relations entre personnes de même sexe, avec des peines pouvant aller jusqu'à dix ans d'emprisonnement et d'importantes amendes.

Pour les organisations de défense des droits fondamentaux, ces évolutions risquent non seulement d'aggraver la marginalisation des personnes LGBT, mais également de compliquer l'accès aux services de santé, notamment en matière de prévention du VIH et des infections sexuellement transmissibles. Dans un contexte où l'Afrique subsaharienne demeure l'une des régions les plus touchées par le VIH dans le monde, plusieurs experts craignent que la criminalisation croissante des minorités sexuelles ne constitue également un défi majeur pour la santé publique.

Au-delà du débat juridique, c'est donc la question de la protection des droits fondamentaux, de la sécurité et de la dignité des personnes concernées qui se trouve aujourd'hui au cœur des préoccupations.


JW

 


dimanche 15 mars 2026

Sénégal : un meurtre sur fond d’homophobie ravive les inquiétudes

 

La situation des personnes LGBT au Sénégal continue de susciter une vive inquiétude. Un nouvel incident dramatique, survenu le vendredi 13 mars 2026, illustre le climat de tension et de stigmatisation qui entoure les minorités sexuelles dans le pays.

À Tivaouane-Peulh, dans la région de Dakar, un jeune homme de 17 ans nommé Malick Ndiaye a perdu la vie à la suite d’une altercation avec quatre autres adolescents âgés de 13 à 15 ans. Selon les premiers témoignages rapportés localement, la victime, qui exerçait le métier de batteur de tam-tam, aurait réagi à des insultes proférées par les jeunes qui le traitaient de « gay ». 

En effet, dans certains milieux populaires, une croyance persistante associe ce métier à l’homosexualité, un stéréotype qui contribue à la stigmatisation de certaines personnes. L’échange verbal aurait rapidement dégénéré en rixe. Au cours de l’altercation, l’un des adolescents aurait poignardé Malick Ndiaye. Gravement blessé, celui-ci n’a pas survécu pendant son transport vers un centre de santé. Les quatre mineurs ont été interpellés peu après les faits par les autorités.


Une image des Députés sénégalais  dans l'assemblée le jour du vote de la loi réprimant sévèrement l'homosexualité
 

Ce drame survient dans un contexte particulièrement sensible. Deux jours auparavant, l’Assemblée nationale sénégalaise avait adopté un projet de loi renforçant la répression de l’homosexualité, une initiative portée par le Premier ministre Ousmane Sonko. Le texte prévoit notamment un durcissement des sanctions prévues contre les relations sexuelles entre personnes de même sexe ainsi que contre les actions de plaidoyer en faveur des droits des personnes LGBT.

Pour de nombreux observateurs et défenseurs des droits humains, cette évolution législative risque d’alimenter davantage les discours hostiles et les violences à l’encontre des personnes perçues comme homosexuelles. Dans ce climat, les amalgames et les stéréotypes sociaux peuvent avoir des conséquences tragiques, comme semble l’illustrer l’affaire de Tivaouane-Peulh.

Cet événement vient ainsi rappeler les inquiétudes déjà exprimées ces derniers mois concernant la montée des discours homophobes au Sénégal et leurs répercussions sur la sécurité et la dignité des personnes associées, à tort ou à raison, aux minorités sexuelles.


                                                                                                                                               JW

vendredi 23 juin 2023

RDC: La communauté LGBTQ+ de plus en plus indexée en RDC

 Ces derniers temps, il ne se passe pas un jour sans que la communauté LGBTQI+ soit au centre des débats en République démocratique du Congo. L'homophobie latente  tend à devenir virulente et de plus en plus banale, en particulier à travers les réseaux sociaux. Cette situation regrettable orchestrée par certains individus en est une preuve palpable.

En effet, le 15 juin 2023 lors de la tenue de la DRC mining week à Lubumbashi dans la province du Katanga, les membres des organisations Mouvements Citoyens ont manifesté devant l’Hôtel Karavia. La raison de cette manifestation était la distribution lors de l’ouverture de cet événement des sacs aux couleurs arc-en-ciel. Sachant que ce signe représente également le drapeau de la communauté LGBTQI+, les membres des Mouvements citoyens ont déclaré que les organisateurs de l'activité faisaient la promotion de l'homosexualité. A cet effet, ils ont fait un sit-in devant l'hôtel pour exiger les retraits de tous les objets portant le signe rappelant la communauté susmentionnée. Le ministre provincial de l’intérieur, Eric Muta dépêché sur les lieux a demandé aux responsables de retirer les sacs portant l'effigie de tous les stands comme l'exigeait les manifestants.

 « Il a fallu que nous puissions prendre la situation en charge. Nous saluons le fait que les organisateurs ont présenté les excuses et ont retiré les différents sacs à mains avec la publicité des homosexuels. Nous appelons donc tous les hommes d'affaires du Haut-Katanga à participer à DRC mining et appuyer l'initiative qui milite pour la promotion des miniers, de notre cuivre et notre cobalt. La situation est redevenue normale », a déclaré le ministre à la presse.

 

Un des fameux sacs à la base de la polémique

Il faut noter que le 12 juin, le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel et de la Communication, CSAC en sigle, dont le siège est basé à Kinshasa, avait publié un communiqué mettant en gardant tous les médias opérant en RDC contre la promotion de l'homosexualité sur le sol congolais. La veille de cette publication, l’archevêque de Lubumbashi, Fulgence Muteba avait affiché ouvertement son opposition à l'homosexualité lors de la messe de clôture du 3e eucharistique national. Au cours de cette cérémonie qui s'est déroulée au stade TP Mazembe, le prélat a affirmé que la RDC demeurait fidèle à la doctrine selon laquelle seul un homme et une femme qui s’aiment peuvent constituer une famille et vivre ensemble.

 Pour rappel, ce n'est pas la première fois que la communauté LGBTQI+ est indexée en RDC. En 2014, le Député national Steve Mbikayi avait fait des homosexuels sa cible pour gagner des électeurs. Il projetait le vote d'une loi anti homosexualité sévère devant être appliquée sur toute l’étendue du pays. En 2010, un autre élu du peuple répondant au nom d'Ejiba Yamapia avait aussi proposer un projet de loi identique. En 2009, une proposition visant à condamner et à interdire les relations entre personnes de même sexe a été déposé à l'Assemblée provinciale de Kinshasa. Ces trois projets n'ont jamais été retenues et sont restés sans suite.

 

                                                                                                                                                                JW


vendredi 10 août 2018

Angelo Boji: Activiste et fier de son orientation sexuelle

Dans une société où afficher son homosexualité est mal perçu, Angelo Boji a su braver les interdits et vivre ouvertement sa vie. Âgé de 37 ans, ce passionné de musique est un activiste confirmé au sein de la communauté LGBTI de Kinshasa en RDC. Il a accepté de répondre à nos questions afin de partager son expérience avec nos lecteurs.

Nom:  Angelo Boji
Occupation: Activiste 
Etat-civil: célibataire
Passion: La musique
Orientation: gay
position: actif

Une vue de Kinshasa, ville où réside Angelo


Malebo Force: Comment définissez-vous l'homosexualité?

Angelo Boji: C'est une attirance physique entre deux personnes de même sexe.

MF: Quand avez-vous eu vos premières relations sexuelles avec un partenaire de même sexe?

AB: La première fois que j'ai eu une relation sexuelle avec un partenaire de même sexe c'était durant mon enfance avec un cousin. 

MF: Saviez-vous que vous étiez homosexuel?

AB: Non, j'étais encore trop jeune.

MF: Quand avez-vous su votre orientation sexuelle?

AB: Vers l'âge de 13 ou 14 ans.

MF: Comment vous en êtes-vous rendu compte?

AB: J'avais atteint ma puberté et je trouvais les garçons plus attractifs que les filles.

MF: Quel a été votre réaction?

AB: C'est difficile à expliquer. Au départ, c'est quelque chose que j'aimais. A un certain moment, j'ai commencé à me sentir coupable de céder à une telle attirance à cause de la société et de la religion car tout le monde condamnait l'homosexualité. 

MF: Quand avez-vous accepté votre homosexualité?

AB: En 2007, après une séance de prière au cours de laquelle j'ai demandé au Seigneur de me délivrer de cette emprise qui devenait plus forte que moi. J'ai  tout de suite compris que Dieu n'avait rien à avoir avec ma sexualité. Depuis, je ne me reproche plus rien concernant mon orientation sexuelle. Je continue à prier Dieu et je le remercie d'avoir fait de moi ce que je suis.  Je pense que je suis une démonstration de la diversité.

MF: Comment vivez-vous votre homosexualité aujourd'hui dans un environnement congolais qui reste hostile à une telle vie?

AB: Je la vis pleinement sans avoir honte de le dire. Ceux qui m'aiment doivent  m'accepter tel que je suis.

MF: Qu'envisagez-vous pour votre avenir?

AB: Je compte me marier avec un homme et profiter de la vie.

MF: Comment comptez-vous faire tout en sachant que le mariage entre deux personnes de même sexe n'est pas autorisé par la législation congolaise?

AB: Le mariage est une histoire entre deux personnes. La légalisation et la bénédiction ne sont que des formalités.

MF: Comment jugez-vous la réaction de la société congolaise par rapport à l'homosexualité?

AB: Je comprends la position des gens vis-à-vis de l'homosexualité parce que la plupart des congolais n'ont pas la bonne information. Leur comportement se justifie plutôt par la peur de l'inconnu.

MF: Quel est la réaction de votre famille par rapport à votre vie privée?

AB: Au départ, tous les membres de ma famille étaient choqués. Après discussions, ils ont fini par comprendre et ils m'acceptent aujourd'hui.. D'ailleurs, le fait d'avoir fait tomber les voiles a renforcé nos liens.

MF: Quel message pouvez-vous adresser à d'autres homosexuels?

AB: Je leur demande d'avoir l'amour de soi car il n'y a pas de mal à être différent. Au contraire, cette différence fait la beauté du monde.

MF: Merci Angelo d'avoir répondu à nos questions.

AB: Je vous en prie.



                                                                                                                  Propos recueillis par JW











Kinshasa: Les homosexuels et les bisexuels de plus de 35 ans conscientisés sur le dépistage volontaire

Les homosexuels et les bisexuels de la ville de Kinshasa âgés de plus de 35 ans ont été informés  sur l'importance du dépistage volontaire. La rencontre organisée par l'association identitaire MF et l'Ong 360 FHI s'est déroulée dans la commune de Limete. Elle avait pour but de les conscientiser sur la connaissance de leur statut sérologique.



Il faut savoir que la tranche d'âges susmentionnée est parmi la plus exposée au VIH et la plus difficilement accessible. L'explication est que dans cette catégorie, il y a des hommes qui sont déjà des responsables de famille, mariés le plus souvent et vivant pour la majorité leur orientation sexuelle dans le secret. Cette forme de clandestinité rend  ceux qui ont des partenaires multiples vulnérables aux infections sexuellement transmissible et au virus du sida.  La mission d'une telle sensibilisation est d'amener les homosexuels et les bisexuels  à adopter une sexualité responsable en utilisant le préservatif et le gel lubrifiant à base d'eau. Mais, l'objectif le plus important est de les convaincre de se faire volontairement dépister.

Pour les participants, cette journée d'information était importante car elle leur a permis d'échanger et de discuter sur les points qui jusque là restaient flous, entre autres, l'accessibilité aux soins  et  la prise en charge  dans le cas d'un dépistage positif. D'ailleurs, c'était l'occasion pour certains de dénoncer le comportement homophobe affiché parfois par le personnel soignant envers les minorités sexuelles. L'assistance a également relevé le fait que les centres de santé dits centres de confiance sensés recevoir les populations clés, par exemple, sont situés dans des quartiers trop populaires et sont facilement identifiables. Ces faits, a précisé l'un des modérateurs, ne permettent pas une fréquentation aisée de ces cliniques et constituent une entrave à l'accessibilité aux soins suite aux manques de sécurité, de discrétion et de confiance. Après les débats, quelques uns des participants ont accepté de se faire dépister sur place.


                                                                                                                                                      JW


samedi 31 mars 2018

Les lesbiennes de Kinshasa sensiblisées sur leur sexualité


Dans le cadre de la clôture du mois de la femme, les lesbiennes de Kinshasa ont été sensibilisées sur leur sexualité, samedi 24 mars dernier.




La rencontre organisée par une association identitaire de la ville s'est tenue dans une salle de réunion 
du quartier résidentiel de Limete. Cette journée dont le thème était les LBT et la sexualité avait pour but de permettre aux lesbiennes, bisexuelles et transsexuelles de mieux s'épanouir dans leur orientation sexuelle. Durant le débat, l'orateur J. Lumbala, sexologue et psychologue de formation, a tenu à faire comprendre aux participantes que leur sexualité n'avait rien de différent par rapport à la majorité de la société. De ce fait, elles devraient vivre leur orientation sans a priori malgré l'hostilité affichée souvent par la société à leur égard. Toutefois, tenant compte de la présence des bisexuelles et des transsexuelles parmi l'assistance,  le sexologue a aussi abordé tous les aspects de la sexualité en générale.

D'aucuns savent combien l'homosexualité, qu'elle soit masculine ou féminine, est mal perçue par la plupart des congolais. Ainsi, cette journée était l'occasion pour les organisateurs d'interpeller les lesbiennes face à la double stigmatisation qu'elles vivent dans leur quotidien du fait d'abord d'être femme et ensuite, d'avoir une sexualité à part. A cet effet, un appel a été lancé aux participantes afin qu'elles puissent s'impliquer dans la lutte pour leurs droits dans la société  d'autant plus que l'activisme LGBTI commence à s'implanter en RDC.

Pour rappel, c'est la seconde fois que les lesbiennes kinoises se retrouvent pour une séance de sensibilisation. La première  rencontre s'était tenue en 2016 et avait , entre autres, pour thème le leadership au sein des mouvements associatifs.

JW

dimanche 15 janvier 2017

VIH/Sida : Des homosexuels séropositifs ont témoigné sur la pandémie




Dans le cadre de la journée internationale de lutte contre  le Sida, des homosexuels séropositifs du district de la Tshangu  ont témoigné sur la pandémie.  Ces déclarations émouvantes ont été faites au cours d’une campagne de sensibilisation sur le dépistage volontaire organisée le 15 décembre dernier à Masina par une association identitaire de Kinshasa.



Le but de ces témoignages était de faire comprendre aux  homosexuels, aux bisexuels et aux transsexuels qu’une personne séropositive peut vivre longtemps  à condition de connaitre son état sérologique.et d’être sous traitement anti rétroviraux. Ces témoignages  ainsi que le message de sensibilisation délivré par les organisateurs  ont convaincu 72 personnes parmi les 110 participants à se faire dépister sur place. Cette journée de causerie éducative comprenait également une partie récréative au cours de laquelle les membres de la communauté LGBT du district de la Tshangu ont présenté différents divertissements : danse, défilé de mode et chants. Des préservatifs et des lubrifiants ont également été remis à l’assistance avant la clôture.

Il faut savoir que c’est la seconde fois au cours de l’année 2016 qu’une telle activité a été organisée à Masina avec l’appui de l’ONG ICAP. Le 30 juin de l’année susmentionnée, 120 hommes tous issus de la communauté LGBT du district avaient répondu présent lors de la précédente journée. 84 avaient accepté de se faire dépister volontairement.  Pour les organisateurs, leur soucis est d'amener un grand nombre d'homosexuels, de bisexuels et de transsexuels vers le dépistage car ils sont classés parmi la catégorie à risque dite  population clé.

                                                                                                                                                            JW
 




dimanche 3 juillet 2016

RDC: La dure réalité des transsexuels de Kinshasa

Comme c'est le cas dans la plupart des villes en Afrique, les transsexuels n'ont pas la vie facile à Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo.

Le centre ville de Kinshasa


Déjà, les autres minorités sexuelles telles les homosexuels, les bisexuels et les lesbiennes sont contraintes, dans la majorité des cas, de vivre caché pour éviter d’éveiller des soupçons sur leurs sexualités. La société, en général, étant très critique et hostile à leur égard, elles évitent de s'afficher au grand jour de peur d'être stigmatisées.  Concernant les transsexuels, les choses sont encore beaucoup plus compliquées.

En effet, visiblement détectable de part leur physique androgyne et leurs accoutrements (coiffure et tenue vestimentaire féminine), les transsexuels sont doublement discriminés dans la société. Dans la plupart des cas, ils sont rejetés par leurs familles qui voient en  eux une source de malédiction ou de honte. Dans la vie pratique, ils ont du mal à se faire embaucher pour un emploi décent. Cette situation a conduit pas mal de transsexuels à s'adonner à la prostitution pour survivre.  Selon La Mama, un membre influent de cette communauté, la prostitution est souvent une source de revenus sure pour les personnes transgenres à Kinshasa. Cependant, il reconnait que les transsexuels qui exercent le plus vieux métier du monde sont très vulnérables face aux maladies sexuellement transmissibles et aux agressions physiques. Ces dernières proviennent notamment des clients et sont monnaies courantes comme nous l'a confirmé La Mama. Celui-ci encadre également un groupe de transsexuels dans le district de Tshangu. De ce fait, il reçoit régulièrement des plaintes de ses amis qui ont été violentés par leurs clients.

Selon La Mama, ces clients abordent ces trans tout en sachant qui ils sont réellement. "Après avoir couché avec eux, ils se mettent à les menacer et à leur faire des chantages", a t-il précisé. Pire, a t-il ajouté, il les frappent et les humilient. Il a aussi dénoncé des cas d'agressions qui se sont terminés par un viol. Il faut savoir qu'il est difficile, en général, pour une personne LGBTI de réclamer ses droits en RDC. Dans une telle vie où la prostitution est une des voies pour trouver le salut, les transsexuels sont très exposés au VIH/Sida. D'ailleurs, ils sont classés parmi les HSH (Hommes ayant des rapports sexuels avec les Hommes) comme les homosexuels et les bisexuels. Ce groupe figure au sein des populations clés qui sont considérés comme prioritaires par l'ONUSIDA dans la lutte contre la pandémie.

Face à un taux de prévalence alarmant, La Mama essaie d'apporter sa contribution dans la lutte contre le VIH en sensibilisant ses pairs face aux risques qu'ils en courent. Il reconnait être devenu activiste suite à la discrimination qu'il a eu à subir dans sa vie. A 38 ans, il s'assume entièrement en tant que transsexuel malgré l'hostilité qu'il est obligé d'affronter tous les jours. La vie n'est pas facile pour nous dans cette société, a t-il souligné. Malgré cette forte discrimination, les transsexuels arrivent quand même à vivre leur existence. Pour preuve, ils expriment librement leur identité du genre car ils se sentent femme depuis leur plus jeune âge. Certains, comme Gabriela, qui vit à Ngaliema a avoué vouloir changer carrément de sexe. Il nous a déclaré qu'il ne s'identifiait pas comme un homme et un changement de sexe pourrait le rendre définitivement femme. Toutefois, il faut noter qu'avant toute opération, il y a un traitement aux hormones qui s'impose ainsi qu'un suivi psychiatrique. Pour l'instant, en RDC, on en est pas encore à tous ces stades et les transsexuels qui souhaitent changer de sexe devront encore patienter des années. Pour sa part, La Mama n'envisage pas de  modifier  son aspect physique car ayant compris qu'il était déjà une femme au fond de lui même.

JW

vendredi 1 juillet 2016

RDC: La communauté LGBTI de Tshangu vulgarisée sur le dépistage volontaire

La communauté LGBTI  de Tshangu à Kinshasa, a été vulgarisée jeudi 30 juin 2016 sur le dépistage volontaire. L'activité organisée à Masina par une association identitaire regroupant les homosexuels du district a connu la participation de l'ONG ICAP spécialisée dans la lutte contre le VIH/Sida.

Une vue de Masina sur le boulevard Lumumba dans le district de Tshangu

La journée de vulgarisation qui a coïncidé avec la célébration des 56 ans  de l'indépendance de la RDC, avait pour but de faire comprendre à la communauté que le VIH n'est pas une fatalité. A cet effet, les organisateurs ont précisé à l'assistance composée majoritairement des HSH (Hommes Ayant des rapports sexuels avec des Hommes) qu'une fois une personne est détectée positive, elle est prise en charge médicalement et placée sous traitement  Anti Rétro Viraux (ARV). D'aucuns savent que cette mobilisation revêt une importance capitale car elle se situe dans le cadre des objectifs  90-90-90 de l'ONUSIDA qui visent, entre autres, à réduire sensiblement le taux de prévalence du VIH et à mettre le plus grand nombre de personnes infectées sous ARV.

Il faut noter que le taux de prévalence reste très élevé au sein des HSH en RDC.  Prenant la parole, le docteur Jordan Lafe, chargé des MSM au sein d'ICAP, a précisé aux participants combien il était important de connaitre son état sérologique en tant que personne ayant des rapports homosexuels. En effet, comme l'a déclaré le médecin, les HSH sont exposés à différentes sortes d'infections dues à leur sexualité. C'est ainsi qu'il a rappelé à l'assistance l'importance du port du préservatif et de l'utilisation du gel lubrifiant lors de l'acte sexuel entre partenaires de même sexe.

Après la séance de vulgarisation, plusieurs participants ont été dépistés volontairement sur place par une équipe d'ICAP. Parmi les HSH ayant répondu à cette rencontre, on a noté la présence des homosexuels, des bisexuels et des transsexuels. Tshangu étant le plus grand des 4 districts que compte la ville Province de Kinshasa, il renferme aussi un nombre important des personnes issues des minorités sexuelles. Les HSH demeurent un groupe à risque classé parmi les populations clés. Depuis quelques temps, ils sont visés par ces genres d'activités afin de les amener à se faire dépister et à opter un comportement sexuel plus responsable. C'est la cinquième fois qu'une telle activité se tient à Tshangu grâce aux membres d'une association  identitaire de ce district.

JW
  

vendredi 24 juin 2016

Congo Brazzaville : Dylan Tati : L’homosexualité n’a pas de frontière


Nom et prénom (pseudonyme):Dylan Tati
Age : 36
Profession : Comptable
Statut : Divorcé
Orientation sexuelle : Bisexuelle
Enfants : 2
Pays : République du Congo
Ville de résidence : Pointe-Noire
Passions : les hommes
Signe particulier : Bosseur 


Dans le cadre de notre partage d’expériences en tant qu’homosexuel ou bisexuel, nous avons rencontré Dylan Tati, un jeune congolais de Pointe-Noire au Congo Brazzaville. Âgé de 36 ans, ce comptable père de 2 enfants est divorcé.  Sa vie sentimentale, il  le partage aujourd’hui avec  sa compagne actuelle et son amant. Dylan est bisexuel avec une prédominance homosexuelle. 

Une vue aérienne de la ville de Pointe-Noire où vit Dylan Tati

Malebo Force : Qu’est-ce que l’homosexualité ?

      

Dylan Tati :

 C’est l’attirance physique et émotionnelle que l’on a pour une personne du même sexe.





Pouvez-vous vous souvenir vers quel âge vous avez ressenti des sentiments homosexuels ?

Avant la puberté entre 10 et 12 ans 

Quand avez-vous réalisé que vos sentiments étaient différents par rapport aux hétérosexuels ?


Après mon premier rapport sexuel à 15 ans, je ne me suis pas arrêté. Mes amis allaient voir des  prostituées et je n’ai jamais été intéressé de me joindre à eux.





Y a-t-il un événement ou un moment particulier au cours duquel vous avez réalisé que vous étiez différent ? Pouvez-vous le partager avec nous ?



Aucune fois, je ne me suis joint à mes amis pour une virée chez les prostituées. Et ce pendant tout le secondaire (collège).  J’étais plutôt attiré par eux au lieu des filles. J’ai presque harcelé un ami pour prendre une douche avec lui après le sport à l’école. Le mec me fascinait tellement. Il était très sportif avec un corps de rêve.


Comment vous êtes-vous senti ?

Au début cela ne me dérangeait pas, je me disais que c’était une façon de découvrir la sexualité et que j’avais jusqu'à 18 ans pour revenir sur le droit chemin.  A mes 18 ans, je n’avais pas une petite amie et je ne me voyais pas devenir hétéro auprès d’une pute. J’ai donc repoussé le dépucelage à 20 ans.  C’est à cette période que j’ai  réellement commencé à être dérangé par mon attirance vers les hommes.  Adolescent, je n’ai eu de rapport qu’avec des jeunes hommes plus âgés que moi pour plus de discrétion. Aussi, des gays de mon âge je ne les connaissais pas vraiment.

J’en ai quand même rencontré un du même âge à 18 ans mais, nous nous sommes perdus de vus très vite. J’étais amoureux en secret d’un collègue de classe avec qui nous parlions de l’homosexualité de façon ouverte mais nous n’avons jamais franchi le cap du sexe. Nous nous limitions à ce que nous lisions dans la revue érotique Union ou ce que nous voyions à la télé.



J’ai fait ma crise de la personnalité entre 20 et 24 ans mais j’en suis sorti avec la conclusion que je ne pouvais pas changer mes gênes. Il me fallait m’accepter comme tel et  me fondre dans la masse.





 "Adolescent, je n’ai eu de rapport qu’avec des jeunes hommes plus âgés que moi pour plus de discrétion"





Y avait-il d’autres personnes dans  votre entourage qui étaient reconnus comme homosexuels ?

Deux mecs efféminés habitaient mon quartier et l’un deux se faisait appeler « bel-frère » au lieu de beau-frère parce que sa sœur sortait avec un garçon du quartier. Et l’autre faisait des beignets, une activité réservée à la gente féminine.

Chaque jour, nous apprenons à vivre comme des hétérosexuels. Avez-vous appris à être homosexuel ?

J’ai eu la chance très jeune de fréquenter des homosexuels plus vieux que moi auprès de qui j’ai appris beaucoup de choses : les termes, les codes, le langage, les dragues, etc.




Quand avez-vous découvert le terme gay ou homosexuel ?

Le terme homosexuel je l’ai découvert  dans Dynastie, la série télé américaine, je devais avoir 10 ans. Ce mot a sonné comme des cloches dans ma tête. J’ai lu la définition dans le Larousse mais c’est resté juste des mots. Le lendemain sur la route de l’école, j’ai demandé à mon grand frère ce que cela voulait dire. Il m’a dit de  demander la définition de ce mot à Papa. Il savait que je ne l’aurais jamais fait.

L’orientation d’une personne est fortement ressentie bien avant qu’elle ne découvre son appellation. Un hétérosexuel est hétérosexuel avant qu’il ne découvre qu’il y des hétérosexuels. Cela est pareil pour un homosexuel.  Comment vous êtes-vous sentie lorsque vous avez appris qu’homosexuel désignait le terme de votre orientation sexuelle ? Comment avez-vous  imaginé votre avenir ?

Contrairement à bon nombre de gens, j’étais attiré par les hommes depuis l’âge de 6 ans en prenant une douche avec des cousins plus vieux que moi. Jusqu'à 10 ans, je ne savais pas ce que cela signifiait mais j’adorais les douches avec des aînés. Leurs transformations physiques à la puberté me fascinaient. Et plus ils grandissaient, plus j’étais curieux de voir ce que devenait leur corps d’homme. Ce n’est qu’à 10 ans que j’ai entendu le mot homosexuel mais, il ne donnait pas réellement un sens à ce que je vivais. Ses synonymes me dégoutaient (pédéraste, pédé, tantouse, gay, …). Aucun de ces mots ne donnait un sens à ce que je vivais.

 "Ma famille n’a pas la preuve de mon homosexualité"

Aviez-vous connu ou entendu parler des homosexuels qui ont vécu dans votre société ?

A 8 ans, j’ai rencontré un jeune homme qui faisait sa diva avec des auto-tamponneuses dans un parc d’attraction. Il répugnait tellement les gens qu’on a dû lui laisser l’attraction à lui seul. A l’adolescence, il y a eu le bel-frère et le faiseur de beignets.  

Connaissez-vous des personnes célèbres qui ont vécu ou vivent dans votre société et qui étaient ou sont homosexuels  ou au moins bisexuels ?  Pouvez-vos citez leurs noms ?

La liste sera trop longue et citer leurs noms n’est pas une bonne idée.

 On dit que l’homosexualité est un concept étranger à l’Afrique. Qu’en pensez-vous ? Pouvez-vous expliquer votre réponse ?

L’homosexualité n’a pas de frontière et trouver son origine hors de l’Afrique est une bassesse d’esprit. L’initiation sexuelle dans certaines contrées se faisait par des pratiques homosexuelles. L’homosexualité est du domaine du secret en Afrique. Elle a toujours existé mais secrètement. Ce qui dérange aujourd’hui c’est le fait que cela soit remonté à la surface.

L’intolérance vis-à-vis de l’homosexualité est-elle devenue plus virulente par rapport  à l’époque où vous grandissiez ?

Elle devient de plus en plus virulente parce qu’il y a de plus en plus d’homosexuels qui se font remarquer.  A l’époque où je grandissais, seuls les hommes efféminés se faisaient remarquer.

D’après vous, pourquoi cette intolérance est-elle devenue si virulente ?

Simplement parce qu’ils ne se font pas discret. Et de plus en plus d’homosexuels s’affichent et se prostituent. 

Pourriez-vous citer les noms de personnes ou des organisations qui favorisent l’homophobie dans votre pays ou ailleurs en Afrique ?



Pas dans mon pays. Il y a un député en RDC du nom de Steve Mbikayi, le président Zimbabwéen  Robert Mugabé et d’autres.



Je suis sûr qu’il y a des hétérosexuels qui sont contre l’homophobie ou les lois anti gays dans votre pays. Aucuns d’eux n’élèvent la voix ? Sont-elles des personnalités connues ? (Politiciens, musiciens, sportifs,  écrivains, intellectuels, etc.)



Il y a beaucoup d’hétérosexuels qui sont contre l’homophobie mais, le pays à d’autres problèmes à gérer que de perdre du temps sur la sexualité qui reste encore très tabou.  



Comment vous vous y prenez face à la pression familiale par rapport à votre orientation sexuelle ?

Ma famille n’a pas la preuve de mon homosexualité malgré quelques suspicions. Mon mariage avait tout camouflé par la suite.   




En tant que  homme attiré sexuellement par les personnes de même sexe,  pensez-vous que vivre  avec une femme peut vous permettre d’être en conformité avec la société africaine ?

C’est mon avis. Nous vivons dans une société qui ne prône pas l’homosexualité comme sous d’autres cieux. L’idéal est de vivre sa sexualité en se fondant dans la masse.

Comment liez-vous votre orientation sexuelle et votre vie sociale ?

Je suis un homme en couple avec une femme et qui a un homme comme deuxième bureau. La polygamie offre des avantages qui me permettent de gérer ma double vie sans aucune difficulté.

Êtes-vous out, c’est-à-dire, votre entourage connait-il votre orientation sexuelle ?

Non, je suis encore dans le placard (In). 


Propos recueillis par Justice Walu