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mercredi 10 juin 2026

Ghana : une nouvelle loi anti-LGBT suscite l'inquiétude des défenseurs des droits humains

 

La situation des personnes LGBT au Ghana pourrait connaître un tournant particulièrement préoccupant. En effet, le Parlement ghanéen a adopté, le 29 mai 2026, une loi renforçant considérablement la répression des minorités sexuelles. Ce texte, considéré par de nombreux observateurs comme l'un des plus sévères du continent africain en matière de droits LGBT, suscite de vives inquiétudes.


La promulgation de cette loi pourrait restreindre les activités des associations de défense des LGBT


La nouvelle législation prévoit notamment jusqu'à trois ans d'emprisonnement pour les personnes reconnues coupables d'homosexualité. Mais le texte va plus loin encore en criminalisant certaines formes d'activisme et de soutien aux personnes LGBT. La promotion, le financement, le parrainage ou le soutien d'activités liées aux communautés LGBT pourraient désormais être punis de peines allant de trois à cinq ans de prison.

L'une des dispositions les plus controversées de cette loi oblige également les citoyens à signaler aux autorités toute activité présumée liée à la communauté LGBT. Les défenseurs des droits humains craignent que cette mesure n'encourage les dénonciations abusives, les règlements de comptes personnels et une surveillance accrue de la vie privée des citoyens.

Si cette loi venait à être définitivement promulguée et appliquée, les conséquences pour les personnes LGBT vivant au Ghana pourraient être considérables. Beaucoup redoutent une augmentation des discriminations, des violences, des arrestations arbitraires et de l'isolement social. Les organisations communautaires pourraient également voir leurs activités paralysées par la menace de poursuites judiciaires.

Cette évolution s'inscrit dans un contexte plus large marqué par une montée de l'homophobie dans plusieurs pays d'Afrique subsaharienne au cours des dernières décennies. Dans de nombreux États, les discours hostiles aux minorités sexuelles sont souvent alimentés par des mouvements religieux conservateurs. Au Ghana, comme dans d'autres pays majoritairement chrétiens, certaines églises évangéliques et pentecôtistes jouent un rôle important dans la promotion de campagnes opposées à la reconnaissance des droits des personnes LGBT. Dans d'autres pays du continent, notamment ceux à majorité musulmane, des mouvements religieux conservateurs défendent également des positions similaires.

La communauté internationale est fréquemment prise pour cible dans ces débats. Plusieurs responsables politiques et religieux accusent les pays occidentaux de vouloir imposer des valeurs étrangères aux sociétés africaines, notamment à travers leur soutien financier aux organisations de défense des droits LGBT. Cette rhétorique contribue à renforcer la méfiance envers les associations locales travaillant sur les questions de diversité, de santé ou de droits humains.

L'inquiétude des défenseurs des droits humains est d'autant plus grande que cette vague de législations répressives semble gagner du terrain dans plusieurs régions du continent. Au Sénégal, par exemple, une loi adoptée en mars 2026 a considérablement renforcé les sanctions contre les relations entre personnes de même sexe, avec des peines pouvant aller jusqu'à dix ans d'emprisonnement et d'importantes amendes.

Pour les organisations de défense des droits fondamentaux, ces évolutions risquent non seulement d'aggraver la marginalisation des personnes LGBT, mais également de compliquer l'accès aux services de santé, notamment en matière de prévention du VIH et des infections sexuellement transmissibles. Dans un contexte où l'Afrique subsaharienne demeure l'une des régions les plus touchées par le VIH dans le monde, plusieurs experts craignent que la criminalisation croissante des minorités sexuelles ne constitue également un défi majeur pour la santé publique.

Au-delà du débat juridique, c'est donc la question de la protection des droits fondamentaux, de la sécurité et de la dignité des personnes concernées qui se trouve aujourd'hui au cœur des préoccupations.


JW

 


mardi 24 février 2026

Sénégal: Montée des tensions autour des droits des personnes LGBT


La situation des personnes LGBT au Sénégal suscite une inquiétude croissante. À la suite de l’arrestation récente de douze personnes présumées homosexuelles à Dakar, une vague de réactions hostiles et de discours homophobes s’est propagée dans le pays, alimentant un climat déjà tendu.

Cette dynamique s’est intensifiée le mercredi 18 février, lorsque le gouvernement a adopté en Conseil des ministres un projet de texte visant à alourdir les sanctions prévues pour les personnes reconnues coupables « d’actes contre nature ». Le projet prévoit également d’étendre les poursuites aux organisations et aux personnes engagées dans la défense des droits des homosexuels. Toutefois, ce texte ne pourra entrer en vigueur qu’après son adoption par l’Assemblée nationale.

Des sénégalais manifestant notamment contre l'homosexualité (photo BBC Afrique)
 

Parmi les mesures envisagées figurent le doublement de la peine d’emprisonnement, pouvant atteindre dix ans, ainsi que des amendes allant jusqu’à 10 millions de francs CFA. Les personnes accusées de faire le plaidoyer en faveur des droits des personnes LGBT pourraient également être poursuivies. Néanmoins, le ministre sénégalais de la Culture, Amadou Ba, a précisé que toute dénonciation calomnieuse pour homosexualité serait punie de deux à trois ans de prison et d’une amende comprise entre 200 000 et 500 000 francs CFA. Il a par ailleurs affirmé publiquement que l’homosexualité ne faisait pas partie des mœurs et coutumes sénégalaises, un argument souvent invoqué dans le débat public.

Ce contexte s’inscrit dans une tendance plus large observée dans plusieurs pays africains, où des législations renforçant la criminalisation de l’homosexualité ont été adoptées ces dernières années. Ces mesures ont des conséquences importantes non seulement sur les personnes LGBTQ+, mais aussi sur les associations engagées dans la lutte contre le VIH et les infections sexuellement transmissibles. Or, ces enjeux de santé publique concernent l’ensemble de la population, indépendamment de l’orientation sexuelle. Il convient de rappeler que l’Afrique subsaharienne demeure la région du monde la plus touchée par le VIH.


Le Premier Ministre sénégalais Ousmane Sonko

Bien que l’homosexualité ne soit pas explicitement définie comme un crime autonome au Sénégal, l’article 319 du Code pénal prévoit déjà une peine d’un à cinq ans d’emprisonnement pour tout « acte impudique ou contre nature avec un individu de son sexe ». Début février 2026, le président Bassirou Diomaye Faye avait évoqué la possibilité de modifier cet article afin de renforcer la répression, une orientation qui aurait également figuré parmi les engagements politiques du Premier ministre Ousmane Sonko.

Enfin, les arrestations survenues à Dakar ont profondément marqué l’opinion publique. Douze personnes, dont deux figures connues, ont été interpellées pour « actes contre nature ». Certaines font également face à des accusations de « transmission volontaire du VIH » et de « mise en danger de la vie d’autrui ». Depuis, le nombre total d’interpellations aurait atteint vingt-deux personnes.

Dans ce contexte, l’amalgame récurrent entre homosexualité et pédophilie contribue à renforcer la stigmatisation et la marginalisation des personnes LGBT. Pourtant, comme dans la plupart des sociétés africaines, les réalités de l’orientation sexuelle existent indépendamment de leur reconnaissance juridique ou sociale. La question demeure désormais celle de l’évolution du débat politique et social, dans un pays où une partie importante de la population semble favorable à un durcissement législatif.


                                                                                                                                                           JW

mercredi 29 mai 2024

RDC: Le Député homophobe Constant Mutamba nommé Ministre de la Justice

 Le Député congolais Constant Mutamba qui a récemment fait part d'une proposition de loi visant à condamner l'homosexualité en République démocratique du Congo vient d'être nommé Ministre de la Justice.

La nomination du Député national a de quoi inquiéter et étonner les activistes et défenseurs des droits humains tant en RDC qu'à l’extérieur du pays. En effet, monsieur Mutamba a annoncé en avril dernier qu'il envisageait de proposer un projet de loi portant sur la criminalisation de l'homosexualité. Cette proposition stipule notamment la condamnation  des personnes issues de la communauté LGBTQI+ à une peine d'emprisonnement allant de 5 à 10 ans de prison et une amende de 7500000 à 15 000000  de Francs congolais. De plus, elle souligne que les faits et les gestes assimilés à l'homosexualité seront punis de la même peine que l'acte consommé.  Dans sa proposition de loi, Constant Mutamba rappelle le fait que cette forme d'orientation sexuelle n'est nullement toléré dans la culturelle congolaise. Ainsi, il propose qu'une section réprimant l'homosexualité soit insérée dans le Code Pénal congolais.

 

Constant Mutamba
 

D'aucuns se demandent si la nomination du Député Mutamba aurait quelque chose à avoir avec sa proposition de loi. Ce fait est inquiétant car depuis un certain temps il y a de plus en plus de déclaration à caractère homophobe envers les personnes LGBTIQ+ en RDC et surtout à Kinshasa, la capitale. Cette situation a été amplifiée après le feu-vert donné par le Pape François le 18 décembre 2023 pour la bénédiction des couples homosexuels. Depuis cette date, les religieux congolais et certaines personnalités de la société civile ont élevés leurs voix pour montrer leurs oppositions. D'après eux, un tel acte est contraire aux valeurs congolaises et africaines. 

Il faut noter que la constitution de la RDC est muette en matière d’homosexualité.  La proposition du Député Mutamba pourrait constituer un obstacle à la liberté des individus sur l'ensemble du territoire congolais. Elle renforcera aussi la discrimination et la stigmatisation dont sont déjà victimes les personnes LGBTIQ+ dans ce vaste pays. Elle serait aussi à long ou à court terme un frein à la lutte contre le VIH car les personnes issues des minorités sexuelles font partie intégrantes de ce combat. D'ailleurs, plusieurs étapes positives ont pu être atteintes en matière d'accès aux soins depuis 2014. 

La vague des propositions des lois visant à criminaliser l'homosexualité s'est multipliée ces dix dernières à travers le continent africain. Tous les auteurs de ces projets avancent que les relations sexuelles entre deux hommes ou deux femmes sont contraires aux traditions africaines et constituent une menace pour la famille. Un autre point soulevé est le fait que l'occident dont la majorité des pays a décriminalisé l'homosexualité essaie d'imposer cette forme de relation à l'Afrique. D'ailleurs, l'actuel Premier Ministre sénégalais, Ousmane Sonko a déclaré lors d'un récent discours que l'activisme des occidentaux  en faveur des minorités sexuelles pouvait devenir une source de tension entre les dirigeants européens et africains. De ce fait, Monsieur Sonko a demandé aux occidentaux de respecter les spécificités du Sénégal et d'autres pays. Il faut savoir que dans cet État de l'Afrique de l'Ouest, l'homosexualité est largement considérée comme une déviance et la loi la réprime d'un emprisonnement allant d'une  à cinq année de prison. En Ouganda, le président Yoweri Museveni a promulgué le 29 mai 2023  une loi anti LGBTQI+ prévoyant de lourdes peines de prison pour les relations homosexuels et toute activité faisant "la promotion" de l'homosexualité. Désormais, les sanctions peuvent aller de 20 ans d’emprisonnement pour tout action visant à promouvoir des rapports intimes entre personnes de même sexe jusqu'à la peine de mort pour les cas de récidives. Selon l'association de défense des Droits LGBTQI+ ILGA World, 31 pays africains sur 54 disposent des législations interdisant ou réprimant l'homosexualité.

Pour rappel, Constant Mutamba n'est pas le premier à faire une proposition de loi visant à condamner l'homosexualité en RDC. En 2013, un autre Député national du nom de Steve Mbikayi avait proposé un projet dans le même sens au parlement mais il n'a jamais été voté. Fait surprenant, monsieur Mbikayi a été nommé Ministre de l’Enseignement Supérieur et Universitaire en 2016. Depuis, il occupe des hautes fonctions politiques. En 2010, un autre Député national, Ejiba Yamapia, avait aussi initié sans succès un projet de loi pour pénaliser aussi l'homosexualité en RDC. 


                                                                                                                                                               JW


jeudi 16 août 2018

VIH/Sida: La prévention combinée pour une lutte efficace en Afrique de l'Ouest et du Centre

La prévention combinée a été au centre de l'atelier qui s'est tenue du 26 au  29 juin 2018 à Grand Bassam en Côte d'Ivoire.  Cette rencontre qui avait pour thème la prévention du VIH: plaidoyer pour et par les communautés a réuni les participants de cinq pays du Centre et de l'Ouest du continent africain, à savoir: La RDC, le Cameroun, le Nigeria, la Côte d'Ivoire et le Ghana.

Une vue de l'entrée de l'hôtel Afrikland à Grand Bassam (Côte d'Ivoire)


L'atelier sous-régional organisé par Alliance Côte d'Ivoire a bénéficié du soutien de l'Alliance Internationale, de l'Onusida et du Fonds Mondial. Il a eu pour cadre la salle de conférence de l'hôtel Afrikland. Le but de la réunion était de soutenir un plaidoyer solide, sous les auspices de la communauté dans le cadre de la prévention du VIH par les organisations de liaison de l'Ong Alliance et les partenaires de la société civile. Parmi  les objectifs retenus, il y a, notamment, le partage des expériences nationales et la discution du plaidoyer pour une approche de prévention combinée du VIH centrée sur la personne, les droits de l'homme et le genre.

La formation s'est axée sur la prévention combinée car c'est un moyen efficace pour lutter contre la pandémie dont la prévention semble être à la traine dans les pays de l'Afrique Centrale et de l'Ouest par rapport aux Etats africains de la partie  Est et du Sud.  Selon l’Onusida,  1,8 millions  de personnes, en général, ont été placées sous médication antirétroviral et 4,7 millions n’ont pas eu accès aux soins contre le VIH en 2016 en Afrique subsaharienne. Cependant, il existe un grand fossé en matière de traitement entre la région Est et Sud de l’Afrique avec celle de l’Ouest et du centre. En comparaison, 54% de personnes séropositifs suivent un traitement antirétroviral en Afrique de l’Est et du Sud contre 28% à l’Ouest et au Centre. L’écart est également important  en ce qui concerne les personnes connaissant leur statut sérologique. Pour la partie Est et Sud, le pourcentage est de 65% contre 36 % pour l’Ouest et le Centre. Au sujet des séropositifs dont la charge virale a été supprimée, leur nombre est de 45% pour l’Afrique de l’Est et du Sud contre 12% pour l’Ouest et le Centre du continent.

 A ce jour, aucun pays des deux régions n’a  atteint l’objectif visant à réduire le nombre de nouvelles infections au VIH dues à la transmission sexuelle et liée à la drogue. Pire, en Afrique de l’Ouest et du Centre, des infections au VIH continuent encore d’être enregistrées malgré une tendance à la baisse. Face à cela, il est important  de renforcer la prévention dans cette région du continent pour rattraper le retard afin de rejoindre l’Afrique de l’Est et du Sud. Cela permettra à l’ensemble de ces Etats de pouvoir atteindre les objectifs 90 90 90 fixés par l’Onusida pour 2020. Enfin, d’ici 2030, environ 22 millions de nouvelles infections pourraient être évitées si un accent est davantage placé sur la prévention et un traitement efficace du VIH.

Encore non appliqué en RDC, la prévention combinée englobent trois types d'intervention, à savoir: biomédicales, comportementales et structurelles. Elle a pour priorité de repondre aux besoins de la prévention du VIH des personnes et des communautés particulières. L'objectif  est de lutter efficacement contre la pandémie pour avoir un plus grand impact sur la reduction des nouvelles infections. Il faut noter qu'au Congo-Kinshasa, les Professionnelles de Sexe (PS) et les Hommes ayant des rapports Sexuels avec des Hommes (HSH) sont parmi les catégories les plus touchées. Selon les rapports de 2016, les PS ont un taux de prévalence de 3,4% et les HSH de 3,3%. Ces cibles faisant partie des populations clés doivent être plus impliqués dans la prévention.

Pour rappel, les cinq Etats ayant pris par à l'atélier sont membres de la coalition mondiale pour la prévention du VIH/Sida  lancée en 2017 à Genève en Suisse. Sa mission est d'encourager les pays à prioriser et à investir dans la lutte contre la pandémie.

                                                                                                                                                         JW

dimanche 3 juillet 2016

RDC: La dure réalité des transsexuels de Kinshasa

Comme c'est le cas dans la plupart des villes en Afrique, les transsexuels n'ont pas la vie facile à Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo.

Le centre ville de Kinshasa


Déjà, les autres minorités sexuelles telles les homosexuels, les bisexuels et les lesbiennes sont contraintes, dans la majorité des cas, de vivre caché pour éviter d’éveiller des soupçons sur leurs sexualités. La société, en général, étant très critique et hostile à leur égard, elles évitent de s'afficher au grand jour de peur d'être stigmatisées.  Concernant les transsexuels, les choses sont encore beaucoup plus compliquées.

En effet, visiblement détectable de part leur physique androgyne et leurs accoutrements (coiffure et tenue vestimentaire féminine), les transsexuels sont doublement discriminés dans la société. Dans la plupart des cas, ils sont rejetés par leurs familles qui voient en  eux une source de malédiction ou de honte. Dans la vie pratique, ils ont du mal à se faire embaucher pour un emploi décent. Cette situation a conduit pas mal de transsexuels à s'adonner à la prostitution pour survivre.  Selon La Mama, un membre influent de cette communauté, la prostitution est souvent une source de revenus sure pour les personnes transgenres à Kinshasa. Cependant, il reconnait que les transsexuels qui exercent le plus vieux métier du monde sont très vulnérables face aux maladies sexuellement transmissibles et aux agressions physiques. Ces dernières proviennent notamment des clients et sont monnaies courantes comme nous l'a confirmé La Mama. Celui-ci encadre également un groupe de transsexuels dans le district de Tshangu. De ce fait, il reçoit régulièrement des plaintes de ses amis qui ont été violentés par leurs clients.

Selon La Mama, ces clients abordent ces trans tout en sachant qui ils sont réellement. "Après avoir couché avec eux, ils se mettent à les menacer et à leur faire des chantages", a t-il précisé. Pire, a t-il ajouté, il les frappent et les humilient. Il a aussi dénoncé des cas d'agressions qui se sont terminés par un viol. Il faut savoir qu'il est difficile, en général, pour une personne LGBTI de réclamer ses droits en RDC. Dans une telle vie où la prostitution est une des voies pour trouver le salut, les transsexuels sont très exposés au VIH/Sida. D'ailleurs, ils sont classés parmi les HSH (Hommes ayant des rapports sexuels avec les Hommes) comme les homosexuels et les bisexuels. Ce groupe figure au sein des populations clés qui sont considérés comme prioritaires par l'ONUSIDA dans la lutte contre la pandémie.

Face à un taux de prévalence alarmant, La Mama essaie d'apporter sa contribution dans la lutte contre le VIH en sensibilisant ses pairs face aux risques qu'ils en courent. Il reconnait être devenu activiste suite à la discrimination qu'il a eu à subir dans sa vie. A 38 ans, il s'assume entièrement en tant que transsexuel malgré l'hostilité qu'il est obligé d'affronter tous les jours. La vie n'est pas facile pour nous dans cette société, a t-il souligné. Malgré cette forte discrimination, les transsexuels arrivent quand même à vivre leur existence. Pour preuve, ils expriment librement leur identité du genre car ils se sentent femme depuis leur plus jeune âge. Certains, comme Gabriela, qui vit à Ngaliema a avoué vouloir changer carrément de sexe. Il nous a déclaré qu'il ne s'identifiait pas comme un homme et un changement de sexe pourrait le rendre définitivement femme. Toutefois, il faut noter qu'avant toute opération, il y a un traitement aux hormones qui s'impose ainsi qu'un suivi psychiatrique. Pour l'instant, en RDC, on en est pas encore à tous ces stades et les transsexuels qui souhaitent changer de sexe devront encore patienter des années. Pour sa part, La Mama n'envisage pas de  modifier  son aspect physique car ayant compris qu'il était déjà une femme au fond de lui même.

JW

vendredi 24 juin 2016

Congo Brazzaville : Dylan Tati : L’homosexualité n’a pas de frontière


Nom et prénom (pseudonyme):Dylan Tati
Age : 36
Profession : Comptable
Statut : Divorcé
Orientation sexuelle : Bisexuelle
Enfants : 2
Pays : République du Congo
Ville de résidence : Pointe-Noire
Passions : les hommes
Signe particulier : Bosseur 


Dans le cadre de notre partage d’expériences en tant qu’homosexuel ou bisexuel, nous avons rencontré Dylan Tati, un jeune congolais de Pointe-Noire au Congo Brazzaville. Âgé de 36 ans, ce comptable père de 2 enfants est divorcé.  Sa vie sentimentale, il  le partage aujourd’hui avec  sa compagne actuelle et son amant. Dylan est bisexuel avec une prédominance homosexuelle. 

Une vue aérienne de la ville de Pointe-Noire où vit Dylan Tati

Malebo Force : Qu’est-ce que l’homosexualité ?

      

Dylan Tati :

 C’est l’attirance physique et émotionnelle que l’on a pour une personne du même sexe.





Pouvez-vous vous souvenir vers quel âge vous avez ressenti des sentiments homosexuels ?

Avant la puberté entre 10 et 12 ans 

Quand avez-vous réalisé que vos sentiments étaient différents par rapport aux hétérosexuels ?


Après mon premier rapport sexuel à 15 ans, je ne me suis pas arrêté. Mes amis allaient voir des  prostituées et je n’ai jamais été intéressé de me joindre à eux.





Y a-t-il un événement ou un moment particulier au cours duquel vous avez réalisé que vous étiez différent ? Pouvez-vous le partager avec nous ?



Aucune fois, je ne me suis joint à mes amis pour une virée chez les prostituées. Et ce pendant tout le secondaire (collège).  J’étais plutôt attiré par eux au lieu des filles. J’ai presque harcelé un ami pour prendre une douche avec lui après le sport à l’école. Le mec me fascinait tellement. Il était très sportif avec un corps de rêve.


Comment vous êtes-vous senti ?

Au début cela ne me dérangeait pas, je me disais que c’était une façon de découvrir la sexualité et que j’avais jusqu'à 18 ans pour revenir sur le droit chemin.  A mes 18 ans, je n’avais pas une petite amie et je ne me voyais pas devenir hétéro auprès d’une pute. J’ai donc repoussé le dépucelage à 20 ans.  C’est à cette période que j’ai  réellement commencé à être dérangé par mon attirance vers les hommes.  Adolescent, je n’ai eu de rapport qu’avec des jeunes hommes plus âgés que moi pour plus de discrétion. Aussi, des gays de mon âge je ne les connaissais pas vraiment.

J’en ai quand même rencontré un du même âge à 18 ans mais, nous nous sommes perdus de vus très vite. J’étais amoureux en secret d’un collègue de classe avec qui nous parlions de l’homosexualité de façon ouverte mais nous n’avons jamais franchi le cap du sexe. Nous nous limitions à ce que nous lisions dans la revue érotique Union ou ce que nous voyions à la télé.



J’ai fait ma crise de la personnalité entre 20 et 24 ans mais j’en suis sorti avec la conclusion que je ne pouvais pas changer mes gênes. Il me fallait m’accepter comme tel et  me fondre dans la masse.





 "Adolescent, je n’ai eu de rapport qu’avec des jeunes hommes plus âgés que moi pour plus de discrétion"





Y avait-il d’autres personnes dans  votre entourage qui étaient reconnus comme homosexuels ?

Deux mecs efféminés habitaient mon quartier et l’un deux se faisait appeler « bel-frère » au lieu de beau-frère parce que sa sœur sortait avec un garçon du quartier. Et l’autre faisait des beignets, une activité réservée à la gente féminine.

Chaque jour, nous apprenons à vivre comme des hétérosexuels. Avez-vous appris à être homosexuel ?

J’ai eu la chance très jeune de fréquenter des homosexuels plus vieux que moi auprès de qui j’ai appris beaucoup de choses : les termes, les codes, le langage, les dragues, etc.




Quand avez-vous découvert le terme gay ou homosexuel ?

Le terme homosexuel je l’ai découvert  dans Dynastie, la série télé américaine, je devais avoir 10 ans. Ce mot a sonné comme des cloches dans ma tête. J’ai lu la définition dans le Larousse mais c’est resté juste des mots. Le lendemain sur la route de l’école, j’ai demandé à mon grand frère ce que cela voulait dire. Il m’a dit de  demander la définition de ce mot à Papa. Il savait que je ne l’aurais jamais fait.

L’orientation d’une personne est fortement ressentie bien avant qu’elle ne découvre son appellation. Un hétérosexuel est hétérosexuel avant qu’il ne découvre qu’il y des hétérosexuels. Cela est pareil pour un homosexuel.  Comment vous êtes-vous sentie lorsque vous avez appris qu’homosexuel désignait le terme de votre orientation sexuelle ? Comment avez-vous  imaginé votre avenir ?

Contrairement à bon nombre de gens, j’étais attiré par les hommes depuis l’âge de 6 ans en prenant une douche avec des cousins plus vieux que moi. Jusqu'à 10 ans, je ne savais pas ce que cela signifiait mais j’adorais les douches avec des aînés. Leurs transformations physiques à la puberté me fascinaient. Et plus ils grandissaient, plus j’étais curieux de voir ce que devenait leur corps d’homme. Ce n’est qu’à 10 ans que j’ai entendu le mot homosexuel mais, il ne donnait pas réellement un sens à ce que je vivais. Ses synonymes me dégoutaient (pédéraste, pédé, tantouse, gay, …). Aucun de ces mots ne donnait un sens à ce que je vivais.

 "Ma famille n’a pas la preuve de mon homosexualité"

Aviez-vous connu ou entendu parler des homosexuels qui ont vécu dans votre société ?

A 8 ans, j’ai rencontré un jeune homme qui faisait sa diva avec des auto-tamponneuses dans un parc d’attraction. Il répugnait tellement les gens qu’on a dû lui laisser l’attraction à lui seul. A l’adolescence, il y a eu le bel-frère et le faiseur de beignets.  

Connaissez-vous des personnes célèbres qui ont vécu ou vivent dans votre société et qui étaient ou sont homosexuels  ou au moins bisexuels ?  Pouvez-vos citez leurs noms ?

La liste sera trop longue et citer leurs noms n’est pas une bonne idée.

 On dit que l’homosexualité est un concept étranger à l’Afrique. Qu’en pensez-vous ? Pouvez-vous expliquer votre réponse ?

L’homosexualité n’a pas de frontière et trouver son origine hors de l’Afrique est une bassesse d’esprit. L’initiation sexuelle dans certaines contrées se faisait par des pratiques homosexuelles. L’homosexualité est du domaine du secret en Afrique. Elle a toujours existé mais secrètement. Ce qui dérange aujourd’hui c’est le fait que cela soit remonté à la surface.

L’intolérance vis-à-vis de l’homosexualité est-elle devenue plus virulente par rapport  à l’époque où vous grandissiez ?

Elle devient de plus en plus virulente parce qu’il y a de plus en plus d’homosexuels qui se font remarquer.  A l’époque où je grandissais, seuls les hommes efféminés se faisaient remarquer.

D’après vous, pourquoi cette intolérance est-elle devenue si virulente ?

Simplement parce qu’ils ne se font pas discret. Et de plus en plus d’homosexuels s’affichent et se prostituent. 

Pourriez-vous citer les noms de personnes ou des organisations qui favorisent l’homophobie dans votre pays ou ailleurs en Afrique ?



Pas dans mon pays. Il y a un député en RDC du nom de Steve Mbikayi, le président Zimbabwéen  Robert Mugabé et d’autres.



Je suis sûr qu’il y a des hétérosexuels qui sont contre l’homophobie ou les lois anti gays dans votre pays. Aucuns d’eux n’élèvent la voix ? Sont-elles des personnalités connues ? (Politiciens, musiciens, sportifs,  écrivains, intellectuels, etc.)



Il y a beaucoup d’hétérosexuels qui sont contre l’homophobie mais, le pays à d’autres problèmes à gérer que de perdre du temps sur la sexualité qui reste encore très tabou.  



Comment vous vous y prenez face à la pression familiale par rapport à votre orientation sexuelle ?

Ma famille n’a pas la preuve de mon homosexualité malgré quelques suspicions. Mon mariage avait tout camouflé par la suite.   




En tant que  homme attiré sexuellement par les personnes de même sexe,  pensez-vous que vivre  avec une femme peut vous permettre d’être en conformité avec la société africaine ?

C’est mon avis. Nous vivons dans une société qui ne prône pas l’homosexualité comme sous d’autres cieux. L’idéal est de vivre sa sexualité en se fondant dans la masse.

Comment liez-vous votre orientation sexuelle et votre vie sociale ?

Je suis un homme en couple avec une femme et qui a un homme comme deuxième bureau. La polygamie offre des avantages qui me permettent de gérer ma double vie sans aucune difficulté.

Êtes-vous out, c’est-à-dire, votre entourage connait-il votre orientation sexuelle ?

Non, je suis encore dans le placard (In). 


Propos recueillis par Justice Walu