mardi 1 juillet 2014

Le mariage ou le concubinage : un moyen pour éviter les soupçons




Se marier a toujours constitué un idéal pour la plupart des hommes. Cependant, lorsqu’on est homosexuel, les choses sont plus compliquées car un mariage sous entend une union entre un homme et une femme. Certains diront que sur la planète terre, un mariage peut aussi lier deux personnes de même sexe. En Belgique, aux Pays Bas, en Grande Bretagne, au Canada,  dans certains États américains et tout récemment en France, cela est possible. En Suisse et dans quelques États européens, une forme d’arrangement légal permet aux  hommes de vivre en couple. 



Si on jette un coup d’œil dans le reste du monde et plus précisément en Afrique, ces genres d’union entre hommes restent encore quasiment impossibles sauf depuis 2006 en Afrique du Sud. La RDC  comme ses voisins africains est un pays où le mariage garde encore sa valeur  originelle. Pour tout jeune congolais l’union entre un homme et une femme revêt souvent un sens sacré. Un homme non marié ne jouit pas d’une certaine considération au sein de la société. Cela est le cas aussi pour une femme et parfois par peur de coiffer la sainte Catherine, plusieurs d’entre elles acceptent de vivre en concubinage avec un homme. 


D’ailleurs, la crise que connaît le pays a favorisé une forme d’union entre le concubinage et le mariage qu’on a surnommée en lingala, l’une des quatre langues officielles de la RDC, « yaka tofanda » qui peut se traduire par « viens rester avec moi ». Ce fait qui est devenu un véritable phénomène peut être considéré comme un vrai faux mariage dû au manque de moyen financier de l’homme d’épouser officiellement sa femme. Donc, cette situation prouve que  vivre en couple demeure fondamental au Congo Kinshasa. Le célibat est très mal accepté voir méprisé. D’ailleurs, les églises évangéliques n’hésitent pas à mettre leur grain de sel pour inciter les jeunes à se marier et à fonder une famille. Malheureusement, cela contribue à créer une forme de panique auprès de jeunes hommes et des jeunes femmes qui tardent à se passer la bague au doigt. Allant même jusqu’à dire que ceux qui ne se marient pas sont possédés par un esprit malsain appelé « mari de nuit » ou « femme de nuit ». Ce fait est à la base d’une psychose auprès de certains  jeunes ayant atteint la trentaine et qui sont encore célibataires.  Face à cela, chacun peut comprendre qu’un homosexuel n’a pas le choix dans une telle société. Ce cas touche plus les gays qui refusent de s’afficher ou qui vivent mal leur sexualité. Pour ne pas éveiller les soupçons, ils sont contraints dès qu’ils atteignent un certain âge de se marier car le regard de l’entourage devient plus inquiétant.

 
 Étant donné que la forme "idéale" du mariage est l'union entre un homme et une femme, les homosexuels africains sont contraints de prendre une épouse pour cacher leur orientation sexuelle. Vaut mieux se faire passer pour un hétérosexuel en Afrique qu'être un gay.



Cette situation très contraignante a conduit certains passifs ou actifs en RDC et dans bon nombre des pays du continent à prendre la poudre d’escampette pour se réfugier dans des pays plus tolérants. La plupart partent en Europe (France, Belgique, Royaume-Uni ou Pays Bas), d’autres vont au Canada ou aux États-Unis  et les restes trouvent la liberté en Afrique du Sud, l’un des rares États du continent africain à posséder une législation protectrice sur l’homosexualité. Cette forme d’immigration plus ou moins ignorée est devenue très importante, ces dernières années.  Certains fuient l’hostilité de la société face à leur orientation sexuelle et d’autres fuient les pressions du mariage. Ainsi, beaucoup d’hommes ont quitté le pays souvent contre leur volonté mais dans l’unique but de cacher leur choix sexuel et éviter un jour à devoir se marier ou se justifier. Ceux qui n’ont pas d’autres choix restent sur place et  ont deux possibilités : s’afficher librement, ce qui n’est pas facile ou jouer le jeu en se faisant passer pour un hétérosexuel.

 Célébration d'un mariage gay en Afrique du Sud. L’État sud-africain autorise l'union entre deux hommes depuis 2006.

Dans le reste du continent noir, il est impossible de s'aimer librement entre hommes dans une société où les traditions et les préjugés prédominent. Certains homosexuels préfèrent quitter leur pays pour éviter les pressions de la société.


 
 Ceux qui affichent librement leur homosexualité doivent également craindre la répression. Les plus audacieux qui ont osé prendre la decision de se "marier" ont été victimes d'arrestations parfois très médiatisées. Le cas de ce couple gay du Malawi qui en 2010 a risqué la peine de mort pour s'être mis en ménage ensemble alors que la loi du pays est répressive en cette matière.


 Au Mali et au Sénégal, des homosexuels ont été arrêtés parce qu'ils ont célébré une union entre deux hommes.


Cependant, partir à l'étranger n'est pas toujours synonyme de liberté pour un homosexuel. Certains gays africains vivant à l'étranger ont également céder à la pression de la communauté ou de la famille en prenant une femme pour épouse afin d'éviter d'être stigmatiser. L'honneur de la famille est toujours avancé dans ce genre de cas. Que ce soit sur le continent ou ailleurs, très peu tourne le dos à leur orientation sexuelle une fois marié. La plupart entretienne une double vie. Ils sont époux et père de famille mais couchent aussi avec d'autres hommes. D'ailleurs en RDC, une étude réalisée en 2011 par le PSSP et le PNUD dans 6 provinces, a démontré que 2% d'hommes étaient bisexuels. Kinshasa, la ville province, compte à elle seule 534845 hommes recensés ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH). 

 534845 hommes vivant à Kinshasa ont des rapports sexuels avec des personnes de même sexe.




Témoignages

Il faut reconnaître qu’on ne peut pas rester célibataire longtemps dans les pays africains sans en donner les explications. Un jour au l’autre que l’on soit bisexuel ou homosexuel, il faut faire face à la réalité et accepter de se mettre en conformité avec la société. Ici, je peux citer le cas de Roger, un kinois qui voyant la cinquantaine approchée et prit par la peur d’être un jour démasqué se décida de prendre en mariage, la belle et jeune Julie. La jeune fille était une fervente croyante et à ses yeux ce mariage ne revêtait qu’un seul sens : la victoire contre le célibat. Pour l’homme, c’était un moyen de ne plus être embêté par ses collègues de travail et par les membres de sa famille qui se posaient mille et une question au sujet de sa longue solitude.


Une fois qu’ils furent mariés,  Roger présenta à Julie, un ami très proche de lui nommé Vincent.   La jeune femme sympathisa aussitôt avec ce dernier tout en ignorant qu’il était l’amant de son mari depuis des années. Trois ans après leur union, le couple n’avait toujours pas d’enfants. Cela inquiétait Julie qui se posait beaucoup de question sur le manque d’intérêt permanent de son mari lors de leurs rapports sexuels. En effet, Roger ne satisfaisait pas régulièrement sa femme et trouvait toujours une justification à donner à « ses pannes sexuels ». Naïve ? Peut être mais la jeune femme continua à s’accrocher à son  mari qui en plus d’être un bel homme avait une situation enviable dans une grande entreprise.  Mais, un après midi, alors qu’elle était en séminaire de prière à l’église, Julie qui ne se sentait pas en forme décida de rentrer chez elle sans prévenir. Lorsqu’elle entra dans la chambre, elle fut choquée de trouver son mari entrain de faire l’amour à Vincent. Je tiens à préciser que Julie n’avait aucune notion sur l’homosexualité et le fait de voir son mari nu au dessus d’un autre homme fut un sacrilège. Elle s’évanouit aussitôt et ne reprit connaissance que plusieurs minutes après dans une clinique du quartier. Ce fut alors le moment de vérité et des explications entre Roger et sa femme. Il dû faire son coming out malgré lui. Il proposa à son épouse deux possibilités : divorcer ou continuer à vivre ensemble et accepter la présence discrète de Vincent.  Julie tenant à son mari fut d’accord pour la seconde possibilité. Aujourd’hui,  ils sont toujours ensemble et ont eu deux enfants. Ce genre de ménage à trois est courant à Kinshasa car la bisexualité est l’orientation sexuelle la plus dominante après l’hétérosexualité. Certaines épouses font semblant d'ignorer la vie gay de leurs époux. D'autres, par contre ne le savent pas  et vivent normalement dans leur ménage jusqu'au jour où se produit un incident.
 


 A Kinshasa, la bisexualité est l'orientation sexuelle la plus dominante après l'hétérosexualité. Bon nombre d'homosexuels deviennent bisexuels suite aux pressions familiales. Ils se marient à une femme mais continuent à avoir un ou plusieurs partenaires sexuels masculins en secret.


 


Plusieurs hommes que j’ai approchés sont d’ailleurs dans cette situation.  Baudry, 40 ans, congolais de Kinshasa résidant à Brazzaville (République du Congo), est un bisexuel avec une prédominance  gay qui depuis plus de cinq ans est marié. Homosexuel  à partir   de 17 ans, il n’a eu sa première relation sexuelle avec un homme que vers 27 ans soit dix années plus tard.  Il vit en ménage à trois entre Kinshasa où réside son partenaire et Brazzaville où se trouve son épouse. Il est présentement père d’un garçon de six ans. Il reconnait aujourd’hui s’être marié pour faire plaisir à sa sœur ainée. En Effet, cette dernière faisait pression sur son petit frère afin qu’il se marie et assure une descendance à la famille. 

 L'amour entre deux hommes reste une relation cachée.  Le plus souvent, l'un des partenaires finira par prendre une femme comme épouse.





Bertrand, un militaire au sein des Forces Armées de la République Démocratique du Congo  (FARDC) est marié et père de trois enfants. Après plusieurs années de peur, il décida à 25 ans d’essayer un partenaire de même sexe. Le plaisir qu’il en tira, l’a convaincu que cette sexualité n’avait aucun lien avec la magie ou le diable. Attiré aussi par les filles, il se maria à l’âge de 28 ans. Mais, à  41 ans  actuellement, il continue de draguer les hommes et d’avoir des liaisons avec eux. Il a déclaré reconnaître un certain avantage à cela, à savoir : le manque d’engagement sérieux, pas de charge ni de risque d’avoir des enfants. En fait, Bertrand fait partie de ces bisexuels kinois qui s’adonnent à l’homosexualité pour le plaisir qu’ils en tirent. De ce fait, il a des rencontres sans lendemain avec différents partenaires masculins.

Roland, un maître cuisinier de 35 ans vit en ménage avec une femme. Il a vécu avec  un jeune étudiant  une liaison suivie durant plus de trois ans. Il  a été initié à l’homosexualité durant son adolescence. Au fil des ans, il  a senti se développer en lui une forte attirance envers les hommes. Actuellement, il entretient une liaison avec un partenaire de son âge. Il s'estime heureux en tant qu'homosexuel et sa vie de couple avec sa compagne n'est qu'une couverture. Mais jusqu'à quand pourra tenir cette double vie?

Ces quelques témoignages ne sont certes pas exhaustifs mais ils démontrent combien il est difficile de vivre son homosexualité dans un univers très hostile envers les personnes LGBTI.

Extrait d’Itinéraire Caché par JW. Copyright.2014
 




 

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