samedi 22 avril 2017

Alphonse Figino: Policier, homosexuel et bien dans sa peau


Au cours de notre périple en Europe, nous avons interviewé à Paris Alphonse Figino, un policier gay français de 41 ans, originaire de la Guadeloupe. Vivant dans la capitale française depuis 15 ans, il est activiste au sein de l'association Flag qui regroupe les gendarmes et policiers LGBT. Alphonse est un militant qui défend la cause des minorités sexuelles. En couple avec son compagnon, il  vit ouvertement son orientation sur son lieu de travail et au sein de sa famille. Nous l'avons rencontré en mars 2017 au cours de la foire des associations LGBT de la région parisienne. Ce bel homme a accepté de partager son expérience avec nous. 

Alphonse Figino


Malebo Force: Que signifie pour vous le mot homosexualité?

Alphonse Figino:  Je ne me suis pas posé de question. Pour moi, c'est la vie normale. Le seul petit bémol est que nous (les homosexuels) ne correspondons pas à la norme majoritaire.

MF: Quand avez-vous découvert votre homosexualité?

AF: Depuis tout jeune, je me suis senti différent de la majorité.

MF: Comment avez-vous pris conscience de cette différence?

AF: C'est la chanson Ziggy, interprétée par la chanteuse québecoise Céline Dion qui m'a interpellée au début des années 90.

J'entrais dans mon adolescence à l'époque et cette chanson a été l’élément déclencheur car j'ai pris conscience de mon orientation sexuelle. Inconsciemment, la chanson a fait remonter en moi d'autres sentiments me montrant que je n'étais pas comme les autres.

MF: Durant votre jeunesse en Guadeloupe, connaissiez-vous dans votre voisinage des personnes homosexuelles?

AF: Non mis à part, un voisin très âgé. Tout le monde le désignait comme étant un homosexuel.

MF: Comment avez-vous réagi lorsque vous avez appris que le terme gay ou homosexuel désigné votre orientation sexuelle? 

AF: Quand  j'ai réellement mis un mot sur mon ressenti, j’étais content et je ne me suis plus posé de question.

MF: Comment avez-vous vécu ce ressenti par rapport à votre entourage et la société guadeloupéenne, sachant que la communauté noire qu'elle soit africaine ou issue de la diaspora considère l'homosexualité comme une affaire des blancs?

AF: La société guadeloupéenne est à la fois religieuse et très permissive envers les hétérosexuels. Concernant l'homosexualité, la plupart des guadeloupéens pensent que c'est un concept imposé par les européens or elle se retrouve dans toutes les sociétés. Aujourd'hui, la jeunesse antillaise qui est plus désœuvrée n'accepte pas les relations entre deux personnes de même sexe.

MF: Pensez-vous que l'homophobie est plus virulente de nos jours que dans le passé?

AF: Avec le développement des réseaux sociaux, l'intolérance se banalise.

MF: Comment vivez-vous votre homosexualité?

AF: Je la vis naturellement. Je suis en couple depuis une année avec mon partenaire. Je ne cherche pas à imposer aux autres ma sexualité mais je ne la cache pas non plus.

MF: Avez-vous des pressions de la part de votre famille?

AF: Non, je n'ai jamais eu de pression familiale. Mes proches ne se sont jamais montrés homophobes à mon égard.

MF: Comment alliez-vous votre métier de policier et votre orientation sexuelle?

AF: Je suis out au boulot. Mes collègues savent que je suis homosexuel et ça ne pose aucun problème.

MF: Comment envisagez-vous votre avenir?

AF: J'aimerais bien avoir des enfants.

MF: Notre blog étant très consulté, quel message pouvez-vous adresser à nos nombreux lecteurs à travers l'Afrique, les Antilles, l'Europe et le monde?

AF: Je ne peux que leur dire de ne pas baisser les bras ni aller à l'extrême à cause de leur sexualité. C'est l'éducation qui détermine la vie d'une personne et non son orientation sexuelle.

MF: Merci Alphonse d'avoir accepté notre entretien.

AF: C'est moi qui vous remercie et c'était avec plaisir.


  • Pour plus d'informations sur l'association Flag: www.flagasso.com

jeudi 19 janvier 2017

Les lesbiennes kinoises encouragées à entrer dans la vie associative



Une dizaine de lesbiennes ont été réunies en novembre dernier  pour trois ateliers visant à renforcer leur capacité sur l’activisme LGBT.  Organisée par une association identitaire de la place, les rencontres se sont  déroulées dans une salle de réunion  dans la commune de Limete. 

Les participantes ont été encouragées à entrer dans la vie associative LGBT à travers ces ateliers qui avaient  pour thème le renforcement de l’implication des LBT (lesbienne, bisexuelle et transsexuelle), leur vécu quotidien et le leadership au sein des groupes. Les sujets n’ont pas été choisis au hasard car la plupart des lesbiennes vivant dans la capitale se retrouvent le plus souvent au sein d’associations regroupant des amies.  Cependant, ces groupes non militants ont plus comme  vocation de les réunir pour des rencontres festives. Pourtant, les lesbiennes tout comme la majorité de personnes issues des minorités sexuelles, sont confrontées à la discrimination au sein de la société congolaise. A travers les thèmes abordés,  les organisateurs ont voulu amener les participantes à avoir un objectif commun pour lutter contre l’exclusion dont elles sont aussi victimes.  




Ces ateliers  étaient également une occasion d’outiller ces jeunes femmes afin d’être capable de reconnaitre au sein de leurs groupes un bon leader pour la concrétisation de leur vision collective. En somme, ces trois activités devront permettre aux lesbiennes de plus s’impliquer dans le militantisme à travers des associations identitaires.  Il faut reconnaitre qu’elles sont très peu présentes dans l’activisme LGBTI par rapport aux gays qui sont plus nombreux et plus actifs.
                                                                                                                                                                            JW

dimanche 15 janvier 2017

Meilleurs voeux pour l'année 2017

Malebo Force vous souhaite ses meilleurs vœux pour la nouvelle année 2017.

VIH/Sida : Des homosexuels séropositif ont témoigné sur la pandémie




Dans le cadre de la journée internationale de lutte contre  le Sida, des homosexuels séropositifs du district de la Tshangu  ont témoigné sur la pandémie.  Ces déclarations émouvantes ont été faites au cours d’une campagne de sensibilisation sur le dépistage volontaire organisée le 15 décembre dernier à Masina par une association identitaire de Kinshasa.



Le but de ces témoignages était de faire comprendre aux  homosexuels, aux bisexuels et aux transsexuels qu’une personne séropositive peut vivre longtemps  à condition de connaitre son état sérologique.et d’être sous traitement anti rétroviraux. Ces témoignages  ainsi que le message de sensibilisation délivré par les organisateurs  ont convaincu 72 personnes parmi les 110 participants à se faire dépister sur place. Cette journée de causerie éducative comprenait également une partie récréative au cours de laquelle les membres de la communauté LGBT du district de la Tshangu ont présenté différents divertissements : danse, défilé de mode et chants. Des préservatifs et des lubrifiants ont également été remis à l’assistance avant la clôture.

Il faut savoir que c’est la seconde fois au cours de l’année 2016 qu’une telle activité a été organisée à Masina avec l’appui de l’ONG ICAP. Le 30 juin de l’année susmentionnée, 120 hommes tous issus de la communauté LGBT du district avaient répondu présent lors de la précédente journée. 84 avaient accepté de se faire dépister volontairement.  Pour les organisateurs, leur soucis est d'amener un grand nombre d'homosexuels, de bisexuels et de transsexuels vers le dépistage car ils sont classés parmi la catégorie à risque dite  population clé.

                                                                                                                                                            JW
 




dimanche 3 juillet 2016

RDC: La dure réalité des transsexuels de Kinshasa

Comme c'est le cas dans la plupart des villes en Afrique, les transsexuels n'ont pas la vie facile à Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo.

Le centre ville de Kinshasa


Déjà, les autres minorités sexuelles telles les homosexuels, les bisexuels et les lesbiennes sont contraintes, dans la majorité des cas, de vivre caché pour éviter d’éveiller des soupçons sur leurs sexualités. La société, en général, étant très critique et hostile à leur égard, elles évitent de s'afficher au grand jour de peur d'être stigmatisées.  Concernant les transsexuels, les choses sont encore beaucoup plus compliquées.

En effet, visiblement détectable de part leur physique androgyne et leurs accoutrements (coiffure et tenue vestimentaire féminine), les transsexuels sont doublement discriminés dans la société. Dans la plupart des cas, ils sont rejetés par leurs familles qui voient en  eux une source de malédiction ou de honte. Dans la vie pratique, ils ont du mal à se faire embaucher pour un emploi décent. Cette situation a conduit pas mal de transsexuels à s'adonner à la prostitution pour survivre.  Selon La Mama, un membre influent de cette communauté, la prostitution est souvent une source de revenus sure pour les personnes transgenres à Kinshasa. Cependant, il reconnait que les transsexuels qui exercent le plus vieux métier du monde sont très vulnérables face aux maladies sexuellement transmissibles et aux agressions physiques. Ces dernières proviennent notamment des clients et sont monnaies courantes comme nous l'a confirmé La Mama. Celui-ci encadre également un groupe de transsexuels dans le district de Tshangu. De ce fait, il reçoit régulièrement des plaintes de ses amis qui ont été violentés par leurs clients.

Selon La Mama, ces clients abordent ces trans tout en sachant qui ils sont réellement. "Après avoir couché avec eux, ils se mettent à les menacer et à leur faire des chantages", a t-il précisé. Pire, a t-il ajouté, il les frappent et les humilient. Il a aussi dénoncé des cas d'agressions qui se sont terminés par un viol. Il faut savoir qu'il est difficile, en général, pour une personne LGBTI de réclamer ses droits en RDC. Dans une telle vie où la prostitution est une des voies pour trouver le salut, les transsexuels sont très exposés au VIH/Sida. D'ailleurs, ils sont classés parmi les HSH (Hommes ayant des rapports sexuels avec les Hommes) comme les homosexuels et les bisexuels. Ce groupe figure au sein des populations clés qui sont considérés comme prioritaires par l'ONUSIDA dans la lutte contre la pandémie.

Face à un taux de prévalence alarmant, La Mama essaie d'apporter sa contribution dans la lutte contre le VIH en sensibilisant ses pairs face aux risques qu'ils en courent. Il reconnait être devenu activiste suite à la discrimination qu'il a eu à subir dans sa vie. A 38 ans, il s'assume entièrement en tant que transsexuel malgré l'hostilité qu'il est obligé d'affronter tous les jours. La vie n'est pas facile pour nous dans cette société, a t-il souligné. Malgré cette forte discrimination, les transsexuels arrivent quand même à vivre leur existence. Pour preuve, ils expriment librement leur identité du genre car ils se sentent femme depuis leur plus jeune âge. Certains, comme Gabriela, qui vit à Ngaliema a avoué vouloir changer carrément de sexe. Il nous a déclaré qu'il ne s'identifier pas comme un homme et un changement de sexe pourrait le rendre définitivement femme. Toutefois, il faut noter qu'avant toute opération, il y a un traitement aux hormones qui s'impose ainsi qu'un suivi psychiatrique. Pour l'instant, en RDC, on en est pas encore à toutes ces stades et les transsexuels qui souhaitent changer de sexe devront encore patienter des années. Pour sa part, La Mama n'envisage pas de  modifier  son aspect physique car ayant compris qu'il était déjà une femme au fond de lui même.

JW

vendredi 1 juillet 2016

RDC: La communauté LGBTI de Tshangu vulgarisée sur le dépistage volontaire

La communauté LGBTI  de Tshangu à Kinshasa, a été vulgarisée jeudi 30 juin 2016 sur le dépistage volontaire. L'activité organisée à Masina par une association identitaire regroupant les homosexuels du district a connu la participation de l'ONG ICAP spécialisée dans la lutte contre le VIH/Sida.

Une vue de Masina sur le boulevard Lumumba dans le district de Tshangu

La journée de vulgarisation qui a coïncidé avec la célébration des 56 ans  de l'indépendance de la RDC, avait pour but de faire comprendre à la communauté que le VIH n'est pas une fatalité. A cet effet, les organisateurs ont précisé à l'assistance composée majoritairement des HSH (Hommes Ayant des rapports sexuels avec des Hommes) qu'une fois une personne est détectée positive, elle est prise en charge médicalement et placée sous traitement  Anti Rétro Viraux (ARV). D'aucuns savent que cette mobilisation revêt une importance capitale car elle se situe dans le cadre des objectifs  90-90-90 de l'ONUSIDA qui visent, entre autres, à réduire sensiblement le taux de prévalence du VIH et à mettre le plus grand nombre de personnes infectées sous ARV.

Il faut noter que le taux de prévalence reste très élevé au sein des HSH en RDC.  Prenant la parole, le docteur Jordan Lafe, chargé des MSM au sein d'ICAP, a précisé aux participants combien il était important de connaitre son état sérologique en tant que personne ayant des rapports homosexuels. En effet, comme l'a déclaré le médecin, les HSH sont exposés à différentes sortes d'infections dues à leur sexualité. C'est ainsi qu'il a rappelé à l'assistance l'importance du port du préservatif et de l'utilisation du gel lubrifiant lors de l'acte sexuel entre partenaires de même sexe.

Après la séance de vulgarisation, plusieurs participants ont été dépistés volontairement sur place par une équipe d'ICAP. Parmi les HSH ayant répondu à cette rencontre, on a noté la présence des homosexuels, des bisexuels et des transsexuels. Tshangu étant le plus grand des 4 districts que compte la ville Province de Kinshasa, il renferme aussi un nombre important des personnes issues des minorités sexuelles. Les HSH demeurent un groupe à risque classé parmi les populations clés. Depuis quelques temps, ils sont visés par ces genres d'activités afin de les amener à se faire dépister et à opter un comportement sexuel plus responsable. C'est la cinquième fois qu'une telle activité se tient à Tshangu grâce aux membres d'une association  identitaire de ce district.

JW
  

vendredi 24 juin 2016

Congo Brazzaville : Dylan Tati : L’homosexualité n’a pas de frontière


Nom et prénom (pseudonyme):Dylan Tati
Age : 36
Profession : Comptable
Statut : Divorcé
Orientation sexuelle : Bisexuelle
Enfants : 2
Pays : République du Congo
Ville de résidence : Pointe-Noire
Passions : les hommes
Signe particulier : Bosseur 


Dans le cadre de notre partage d’expériences en tant qu’homosexuel ou bisexuel, nous avons rencontré Dylan Tati, un jeune congolais de Pointe-Noire au Congo Brazzaville. Âgé de 36 ans, ce comptable père de 2 enfants est divorcé.  Sa vie sentimentale, il  le partage aujourd’hui avec  sa compagne actuelle et son amant. Dylan est bisexuel avec une prédominance homosexuelle. 

Une vue aérienne de la ville de Pointe-Noire où vit Dylan Tati

Malebo Force : Qu’est-ce que l’homosexualité ?

      

Dylan Tati :

 C’est l’attirance physique et émotionnelle que l’on a pour une personne du même sexe.





Pouvez-vous vous souvenir vers quel âge vous avez ressenti des sentiments homosexuels ?

Avant la puberté entre 10 et 12 ans 

Quand avez-vous réalisé que vos sentiments étaient différents par rapport aux hétérosexuels ?


Après mon premier rapport sexuel à 15 ans, je ne me suis pas arrêté. Mes amis allaient voir des  prostituées et je n’ai jamais été intéressé de me joindre à eux.





Y a-t-il un événement ou un moment particulier au cours duquel vous avez réalisé que vous étiez différent ? Pouvez-vous le partager avec nous ?



Aucune fois, je ne me suis joint à mes amis pour une virée chez les prostituées. Et ce pendant tout le secondaire (collège).  J’étais plutôt attiré par eux au lieu des filles. J’ai presque harcelé un ami pour prendre une douche avec lui après le sport à l’école. Le mec me fascinait tellement. Il était très sportif avec un corps de rêve.


Comment vous êtes-vous senti ?

Au début cela ne me dérangeait pas, je me disais que c’était une façon de découvrir la sexualité et que j’avais jusqu'à 18 ans pour revenir sur le droit chemin.  A mes 18 ans, je n’avais pas une petite amie et je ne me voyais pas devenir hétéro auprès d’une pute. J’ai donc repoussé le dépucelage à 20 ans.  C’est à cette période que j’ai  réellement commencé à être dérangé par mon attirance vers les hommes.  Adolescent, je n’ai eu de rapport qu’avec des jeunes hommes plus âgés que moi pour plus de discrétion. Aussi, des gays de mon âge je ne les connaissais pas vraiment.

J’en ai quand même rencontré un du même âge à 18 ans mais, nous nous sommes perdus de vus très vite. J’étais amoureux en secret d’un collègue de classe avec qui nous parlions de l’homosexualité de façon ouverte mais nous n’avons jamais franchi le cap du sexe. Nous nous limitions à ce que nous lisions dans la revue érotique Union ou ce que nous voyions à la télé.



J’ai fait ma crise de la personnalité entre 20 et 24 ans mais j’en suis sorti avec la conclusion que je ne pouvais pas changer mes gênes. Il me fallait m’accepter comme tel et  me fondre dans la masse.





 "Adolescent, je n’ai eu de rapport qu’avec des jeunes hommes plus âgés que moi pour plus de discrétion"





Y avait-il d’autres personnes dans  votre entourage qui étaient reconnus comme homosexuels ?

Deux mecs efféminés habitaient mon quartier et l’un deux se faisait appeler « bel-frère » au lieu de beau-frère parce que sa sœur sortait avec un garçon du quartier. Et l’autre faisait des beignets, une activité réservée à la gente féminine.

Chaque jour, nous apprenons à vivre comme des hétérosexuels. Avez-vous appris à être homosexuel ?

J’ai eu la chance très jeune de fréquenter des homosexuels plus vieux que moi auprès de qui j’ai appris beaucoup de choses : les termes, les codes, le langage, les dragues, etc.




Quand avez-vous découvert le terme gay ou homosexuel ?

Le terme homosexuel je l’ai découvert  dans Dynastie, la série télé américaine, je devais avoir 10 ans. Ce mot a sonné comme des cloches dans ma tête. J’ai lu la définition dans le Larousse mais c’est resté juste des mots. Le lendemain sur la route de l’école, j’ai demandé à mon grand frère ce que cela voulait dire. Il m’a dit de  demander la définition de ce mot à Papa. Il savait que je ne l’aurais jamais fait.

L’orientation d’une personne est fortement ressentie bien avant qu’elle ne découvre son appellation. Un hétérosexuel est hétérosexuel avant qu’il ne découvre qu’il y des hétérosexuels. Cela est pareil pour un homosexuel.  Comment vous êtes-vous sentie lorsque vous avez appris qu’homosexuel désignait le terme de votre orientation sexuelle ? Comment avez-vous  imaginé votre avenir ?

Contrairement à bon nombre de gens, j’étais attiré par les hommes depuis l’âge de 6 ans en prenant une douche avec des cousins plus vieux que moi. Jusqu'à 10 ans, je ne savais pas ce que cela signifiait mais j’adorais les douches avec des aînés. Leurs transformations physiques à la puberté me fascinaient. Et plus ils grandissaient, plus j’étais curieux de voir ce que devenait leur corps d’homme. Ce n’est qu’à 10 ans que j’ai entendu le mot homosexuel mais, il ne donnait pas réellement un sens à ce que je vivais. Ses synonymes me dégoutaient (pédéraste, pédé, tantouse, gay, …). Aucun de ces mots ne donnait un sens à ce que je vivais.

 "Ma famille n’a pas la preuve de mon homosexualité"

Aviez-vous connu ou entendu parler des homosexuels qui ont vécu dans votre société ?

A 8 ans, j’ai rencontré un jeune homme qui faisait sa diva avec des auto-tamponneuses dans un parc d’attraction. Il répugnait tellement les gens qu’on a dû lui laisser l’attraction à lui seul. A l’adolescence, il y a eu le bel-frère et le faiseur de beignets.  

Connaissez-vous des personnes célèbres qui ont vécu ou vivent dans votre société et qui étaient ou sont homosexuels  ou au moins bisexuels ?  Pouvez-vos citez leurs noms ?

La liste sera trop longue et citer leurs noms n’est pas une bonne idée.

 On dit que l’homosexualité est un concept étranger à l’Afrique. Qu’en pensez-vous ? Pouvez-vous expliquer votre réponse ?

L’homosexualité n’a pas de frontière et trouver son origine hors de l’Afrique est une bassesse d’esprit. L’initiation sexuelle dans certaines contrées se faisait par des pratiques homosexuelles. L’homosexualité est du domaine du secret en Afrique. Elle a toujours existé mais secrètement. Ce qui dérange aujourd’hui c’est le fait que cela soit remonté à la surface.

L’intolérance vis-à-vis de l’homosexualité est-elle devenue plus virulente par rapport  à l’époque où vous grandissiez ?

Elle devient de plus en plus virulente parce qu’il y a de plus en plus d’homosexuels qui se font remarquer.  A l’époque où je grandissais, seuls les hommes efféminés se faisaient remarquer.

D’après vous, pourquoi cette intolérance est-elle devenue si virulente ?

Simplement parce qu’ils ne se font pas discret. Et de plus en plus d’homosexuels s’affichent et se prostituent. 

Pourriez-vous citer les noms de personnes ou des organisations qui favorisent l’homophobie dans votre pays ou ailleurs en Afrique ?



Pas dans mon pays. Il y a un député en RDC du nom de Steve Mbikayi, le président Zimbabwéen  Robert Mugabé et d’autres.



Je suis sûr qu’il y a des hétérosexuels qui sont contre l’homophobie ou les lois anti gays dans votre pays. Aucuns d’eux n’élèvent la voix ? Sont-elles des personnalités connues ? (Politiciens, musiciens, sportifs,  écrivains, intellectuels, etc.)



Il y a beaucoup d’hétérosexuels qui sont contre l’homophobie mais, le pays à d’autres problèmes à gérer que de perdre du temps sur la sexualité qui reste encore très tabou.  



Comment vous vous y prenez face à la pression familiale par rapport à votre orientation sexuelle ?

Ma famille n’a pas la preuve de mon homosexualité malgré quelques suspicions. Mon mariage avait tout camouflé par la suite.   




En tant que  homme attiré sexuellement par les personnes de même sexe,  pensez-vous que vivre  avec une femme peut vous permettre d’être en conformité avec la société africaine ?

C’est mon avis. Nous vivons dans une société qui ne prône pas l’homosexualité comme sous d’autres cieux. L’idéal est de vivre sa sexualité en se fondant dans la masse.

Comment liez-vous votre orientation sexuelle et votre vie sociale ?

Je suis un homme en couple avec une femme et qui a un homme comme deuxième bureau. La polygamie offre des avantages qui me permettent de gérer ma double vie sans aucune difficulté.

Êtes-vous out, c’est-à-dire, votre entourage connait-il votre orientation sexuelle ?

Non, je suis encore dans le placard (In). 


Propos recueillis par Justice Walu